mercredi 2 octobre 2013

Sur le chemin de l'école


Va, marche et apprends

Note : 16/20
75 minutes








On ne compte plus les films prenant pour cadre le collège et le lycée, deux endroits généralement très propices à la comédie et ses nombreux sous-genres, comme cela a pu se vérifier au cours des dernières années, notamment aux USA. Plus rares, en revanche, sont les fictions qui s'intéressent à ce qui se passe avant, aux classes primaires et aux premières années de la scolarité. Les documentaires sur ce sujet sont encore moins nombreux, et peu d'entre eux peuvent prétendre à l'excellence, faisant souvent preuve d'un excès de didactisme qui nuit à leur propos plus qu'il ne le sert. Sur le chemin de l'école, nouveau projet de Pascal Plisson, évite ce piège d'une belle manière, et s'impose comme un documentaire qui, même s'il n'a pas eu le battage médiatique d'un Entre les murs, mérite tout autant de marcher en salles.

Co-écrit avec Marie-Claire Javoy, le scénario du réalisateur propose une vision originale et fascinante. Plutôt qu'un énième film sur les systèmes éducatifs des pays où se déroule l'action (Kenya, Maroc, Inde et Argentine), Plisson et son équipe ont suivi quatre jeunes enfants, les quatre "personnages principaux" en somme, dans leur parcours quotidien pour aller à l'école et avoir accès à l'éducation. Un parcours qui, comme le dit l'expression populaire, est celui du combattant, car non seulement il est long (plus de 10 kilomètres de leur maison à leur école, matin et soir), mais il est également semé d'embûches qui feraient parfois reculer les plus braves des aventuriers. Plutôt que de s'égarer à montrer la journée dans son ensemble, Plisson fait le choix de montrer uniquement le trajet du matin. L'attachement que ressent le spectateur pour les enfants n'en est que plus fort, et l'émotion finit par naître d'elle-même, naturellement, le film ne tombant jamais dans le piège du misérabilisme ou du tire-larmes facile, un petit exploit quand on sait que le sujet s'y prêtait complètement. Les auteurs ont par ailleurs eu la bonne idée de se concentrer sur le trajet de quatre enfants bien distincts, ce qui donne au film une longueur suffisante sans donner l'impression d'être trop long: le film fait en effet 1h15, une durée correcte durant laquelle le spectateur ne s'ennuie pas. Un ou deux enfants de plus, et cette impression n'aurait sûrement pas été la même. 

Jackson est un petit Kenyan de 11 ans qui parcourt chaque matin quinze kilomètres avec sa soeur cadette pour se rendre à son école; ils doivent traverser la savane à pieds sous la chaleur écrasante propre au pays, et doivent veiller à éviter les girafes, les hyènes ou encore les éléphants, qui ne ressemblent pas vraiment ici à Babar et n'hésitent pas à charger à vue. Zahira, une jeune Marocaine de 12 ans, habite dans les hautes montagnes de l'Atlas; chaque lundi matin, ce ne sont pas moins de quatre heures de marche qui l'attendent avec ses deux amies sur des pentes rocailleuses et escarpées pour rejoindre son internat. Carlos, un jeune Argentin de 11 ans, doit parcourir plus de dix-huit kilomètres à dos de cheval avec sa soeur Micalea dans les plaines de Patagonie, et ce quel que soit le temps. Quant à Samuel, petit Indien de 13 ans, les quatre kilomètres qu'il doit accomplir chaque matin sont encore plus une épreuve, du fait qu'il est handicapé et n'a plus l'usage de ses jambes; ce sont ses deux frères cadets, Gabriel et Emmanuel, qui poussent son fauteuil roulant rouillé et en mauvais état jusqu'à son école.

Au delà du courage et de la ténacité dont font preuve ces enfants pour affronter quotidiennement les dangers qui les séparent de leur lieu d'apprentissage, le film montre bien que l'accès à une bonne éducation est pour eux une nécessité: venant tous de familles pauvres et vivant chichement (les quatre familles vivent dans des coins reculés, loin de tout), l'école représente pour eux leur seule chance d'émancipation sociale, la promesse d'un avenir meilleur et d'une existence moins difficile, la dureté de leur vie présente étant toujours sous-entendue en filigrane. Mais ce qui impressionne peut être le plus, c'est que, malgré les vicissitudes et les problèmes, malgré la pauvreté inhérente, malgré les difficiles conditions de leur environnement, ces enfants gardent toujours le sourire et sont heureux en toutes circonstances. Cela transparaît clairement lorsque Jackson et sa soeur se mettent à chanter joyeusement un chant ethnique, lorsque Carlos fait plaisir à sa soeur en lui laissant les rênes du cheval alors qu'il leur reste encore un bon bout de chemin à parcourir, ou lorsque Samuel rigole avec ses deux frères après un problème lié à son fauteuil tombant en ruines. 

Toujours sobre et pudique, la mise en scène du réalisateur alterne souvent les valeurs de plans pour une immersion totale. Si la caméra est souvent portée pour que le spectateur ait vraiment l'impression d'être au coeur du périple, les plans d'ensemble ne sont pas en reste, lui permettant d'en prendre plein la vue. Si les paysages représentent une vraie difficulté et un danger pour les enfants, ils sont toujours un régal pour les yeux, que ce soient les vastes plaines kenyanes baignées de soleil, les grandes étendues de Patagonie, les majestueuses montagnes de l'Atlas marocain ou les berges des rivières indiennes longées par des villages. Le tout est accompagné par la musique brillamment orchestrée par Laurent Ferlet, qui alterne judicieusement chants traditionnels, musiques douces et joyeuses ou mélodies plus tendues durant les passages où le danger se fait vraiment sentir.

Il est alors un petit peu dommage que le rythme du film ralentisse en de rares moments, que le film ne montre pas un peu plus la journée des enfants une fois qu'ils sont arrivés à l'école (cela n'est montré qu'une petite dizaine de minutes à la fin), ou que certains passages ne parviennent pas à dissimuler l'impression d'avoir été scénarisés (même si c'est le cas pour tous, un documentaire parfait devrait faire complètement disparaître cette impression), mais ce ne sont que des défauts mineurs dans un océan de qualités. Des défauts qui sont aussi balayés par les messages finaux des quatre enfants, qui disent tour à tour ce qu'ils veulent faire et devenir après, messages porteurs d'un véritable espoir pour tous les écoliers à travers le monde dont ils sont le miroir. 

A l'heure où le débat fait rage à l'Assemblée Nationale pour savoir quel serait le meilleur rythme dans les établissements pour ne pas trop fatiguer les écoliers français (sic), Pascal Plisson signe une véritable ode au courage, à l'humilité, à la volonté et au désir d'apprendre, qui vient rappeler qu'à l'heure où les inégalités entre riches et pauvres se creusent toujours plus, l'éducation reste encore le meilleur moyen de s'élever socialement, et que de nombreux enfants du monde sont prêts à tout pour y parvenir. Un documentaire émouvant, sincère et original, qui laisse espérer que son auteur poursuive dans cette voie par la suite.



Sur le chemin de l'école. Ecrit par Pascal Plisson et Marie-Calire Javoy. Réalisé par Pascal Plisson. Musique de Laurent Ferlet. Distribué en France par The Walt Disney Company France. 

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