
Voyage dans le Lointain, round 2
Note : 15/20
Un bel adieu de James Wan au genre qui l'a révélé, et une conclusion satisfaisante à l'histoire amorcée dans le premier film
Il y a presque dix ans, le monde entier découvrait un
thriller horrifique unique en son genre nommé Saw. Fait pour un budget dérisoire (1,2 million de dollars), le
film pulvérisa les records au box-office, rapportant plus de 100 millions à
l’échelle globale. Mais plus encore que ces chiffres impressionnants, Saw propulsa sur le devant de la scène
cinématographique son réalisateur, alors âgé d’à peine 26 ans. James Wan venait
de faire une entrée tonitruante. Depuis, hormis pour le drame d’action Death Sentence injustement ignoré par le
public, Wan ne s’est pas détourné de l’horreur, un genre qu’il a su faire
évoluer à sa façon, que ce soit en étant producteur exécutif du reste de la
franchise Saw (sauf pour le dernier
volet), ou avec des films faisant trembler les spectateurs comme Dead Silence ou Insidious. Un peu plus d’un
mois après le très réussi The Conjuring,
que certains considèrent comme son chef-d’œuvre, James Wan revient avec Insidious : Chapitre 2, un au
revoir très honorable et apparemment définitif au genre horrifique.
Synopsis
Suite aux évènements dépeints dans le premier opus,
Josh et Renai Lambert pensent en avoir définitivement terminé avec les mauvais
esprits qui se sont emparés du corps de leur fils Dalton lorsque son esprit était
dans le Lointain. Ils décident de rester encore un petit moment dans la maison
de Lorraine, la mère de Josh. Mais, lorsque des phénomènes étranges et
inquiétants commencent à se produire autour d’eux et de leur famille, les époux
Lambert comprennent rapidement que tout n’est pas fini. Avec l’aide de Specs et
Tucker, les deux assistants d’Elise, la medium qui les a aidés par le passé, et
Carl, l’ami de longue date d’Elise, les Lambert vont tenter de se débarrasser
de ces esprits une bonne fois pour toutes, sans se douter que ces derniers sont
bien plus proches qu’ils ne le pensent.
Une
suite meilleure et plus flippante
Imaginée avec Leigh Whannell, le fidèle collaborateur
et ami de Wan depuis Saw qui officie
ici en tant que scénariste et acteur dans la peau du malicieux Specs, l’histoire d’Insidious : Chapitre 2 ne dépaysera aucunement ceux qui ont vu
le premier film, car elle démarre exactement après la fin dramatique d’Insidious. Plus exactement, la deuxième
séquence fait la jonction avec le premier opus, car la séquence d’ouverture
renvoie le spectateur vingt six ans plus tôt, lui permettant d’être le témoin
des premiers symptômes du don de Josh, le même que celui de son fils Dalton.
Une séquence qui a une importance considérable pour la fin du film, et qui démontre
les talents de conteur de Wan et Whannell. Sans rien dévoiler pour préserver la
surprise, le scénario bénéficie d’une
construction remarquable, notamment dans sa deuxième partie qui fait
parfaitement le lien entre les deux volets. Wan et Whannell s’amusent à
imbriquer des séquences qui n’auraient aucun sens prises seules mais qui, en
renvoyant directement à des scènes du premier film, offrent une cohérence
parfaite à l’ensemble.
Il est bien rare, dans le genre du film d’horreur,
qu’une suite directe du premier volet parvienne à le surpasser au niveau
artistique, en témoigne certaines grosses franchises de ces dernières années
comme Paranormal Activity. Insidious : Chapitre 2 y parvient
pourtant sans grande peine. Majoritairement centrée sur le personnage de Josh
pour une raison évidente en rapport avec le premier film, cette deuxième itération offre une histoire qui va encore plus loin, et
apporte toutes les réponses qu’on pouvait se poser à la fin du premier chapitre.
Les personnages sont plus creusés, les relations qui les lient mieux explorées.
Là où ils auraient pu se reposer sur leurs lauriers, Wan et Whannell explorent
des pistes qu’ils n’avaient fait qu’entrouvrir dans le précédent film. Par
dessus tout, le film est également
beaucoup plus stressant que son aîné, surtout dans sa première heure, où le
spectateur ne manquera pas, plus d’une fois, de retenir son souffle et
d’enfoncer profondément ses ongles dans le dossier de son fauteuil. Les
éléments qui ont fait le succès du premier volet répondent tous présents, même
si le Lointain, ce fameux monde des Morts qui tenait une place prépondérante
auparavant, est beaucoup moins exploité.
Brillante
mise en scène mais caractère un peu prévisible
Désormais rôdé lorsqu’il s’agit de faire grimper le
trouillomètre de son public, James Wan
réutilise parfaitement les effets de mise en scène qui ont façonné son style
assez old school et fait son succès.
Objets qui se déplacent tout seuls, bruits inhabituels, portes qui s’ouvrent
sans personne derrière, musique stridente accompagnant les apparitions
soudaines, tout y est. Une nouvelle fois, il faut surtout saluer l’utilisation
du hors-champ, qui laisse à plus d’une reprise le spectateur suggérer ce qu’il
ne voit pas, faisant ainsi travailler son imagination et lui faisant
certainement bien plus peur que si la chose en elle-même était montrée.
La réussite
de ce second opus tient aussi pour beaucoup à son impeccable casting, qui rempile au complet. Rose Byrne et Barbara
Hershey sont toujours aussi justes dans la peau de l’épouse et de la mère qui
sont prêtes à tout pour défendre les membres de leur famille même si elles ont
du mal à contrôler leur propre peur. Plus poussée que dans Insidious pour les besoins de l’histoire, la relation qui unit les
personnages de Lin Shaye et Steve Coulter, Elise et Carl, dégage une certaine
émotion qui aurait pu aller encore plus loin. Quant à Leigh Whannell et Angus
Sampson, le duo qu’ils forment avec Specs et Tucker apporte des touches
d’humour un peu trop rares mais toujours bienvenues dans certains des moments
les plus tendus. Mais c’est bien Patrick
Wilson qui se démarque du lot en reprenant son rôle de Josh. Très
charismatique, l’acteur parvient à rendre son personnage particulièrement
intéressant, tour à tour jovial et dérangé, manipulateur et manipulé, rassurant
et inquiétant. Démontrant encore son
talent, Wilson termine de prouver (s’il fallait encore des preuves) qu’il
mériterait plus de visibilité et de rôles à Hollywood.
Cependant, cette réalisation réussie est à double
tranchant, et contient aussi les principaux défauts de l’œuvre. A force
d’utiliser tout le temps les mêmes artifices au fil de ses films, Wan a fini
par devenir légèrement prévisible. Si la peur marchait à plein régime dans The Conjuring parce que le film savait
manier des temps de pause et d’attente, il y a ici moins de répit durant la
première heure, et le spectateur qui
connaît bien la filmographie du réalisateur, même s’il ne manquera pas d’être
surpris par moments, sait à quoi s’attendre lorsque la musique s’arrête ou
qu’un élément du décor s’anime tout seul. En résulte moins de passages
réellement terrifiants, moins de sursauts, moins de moments qui collent à
l’esprit du spectateur et continuent de le faire trembler lorsqu’il est sorti
de la salle. En outre, la première heure
passée, à partir du moment où l’histoire prend le pas sur l’horreur, force est
de constater que la tension retombe considérablement et que le spectateur
respire beaucoup mieux jusqu’à la fin.
Conclusion
Certains diront qu’Insidious : Chapitre 2 est un chant du cygne à l’horreur moins
beau que si Wan avait conclu par The
Conjuring, et ils auront sans doute raison. A tous les niveaux, la
conclusion à l’histoire des Lambert est un cran en dessous que celle des Warren
narrée il y a un mois et demi. Cependant, Insidious : Chapitre 2 reste, dans
son domaine, l’un des meilleurs films du moment, voire de l’année 2013, et il
montre une nouvelle fois que son réalisateur n’a plus rien à prouver dans un
genre qu’il a transformé à sa façon, dans lequel il a possiblement atteint le
statut de maître. A l’heure où ces lignes sont écrites, James Wan est en
plein dans la réalisation du septième opus de la franchise Fast and Furious, et a clairement fait savoir qu’il ne reviendrait
jamais à ce genre où il a excellé pendant une décennie. Espérons que dans dix,
quinze, vingt ans ou plus, il change d’avis.
Insidious: Chapitre 2. Réalisé par James Wan. Ecrit par Leigh Whannell. Produit par Oren Peli et Jason Blum. Avec Patrick Wilson, Rose Byrne, Barbara Hershey, Leigh Whannell, Angus Sampson, Steve Coulter, Lin Shaye et Ty Simpkins. Distribué en France par Sony Pictures Releasing France. Distribué à l'étranger par FilmDistrict. 106 minutes.
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