lundi 24 février 2014

Pompéi


Volcan, lave moi cette ville

Note : 8/20

Un film d’action teinté d’éléments historiques qui dispose de quelques bonnes idées mais ne parvient jamais à se hisser au niveau des références dont il s’inspire trop lourdement, malgré une dernière partie spectaculaire




D’ordinaire, la carrière d’un réalisateur va crescendo. Au fil des années et des films, le cinéaste affine son style et sa technique, s’améliorant un peu plus et apprenant constamment à chaque production. Il arrive parfois que des metteurs en scène particulièrement doués et atypiques livrent de grands films dès le début de leur carrière et restent sur une note très positive par la suite – des Martin Scorsese, James Cameron, Steven Spielberg, Quentin Tarantino et bien d’autres encore. Mais il existe aussi des cinéastes dont la carrière est en dents de scie, avec des œuvres alternant constamment entre le film correct, le sympathique plaisir coupable et le long-métrage nettement moins bon. Sans aucun doute, Paul W.S. Anderson fait partie des meilleurs exemples de cette catégorie. Ayant véritablement lancé sa carrière avec le mauvais Mortal Kombat, adaptation du célèbre jeu vidéo qui a néanmoins connu un beau succès commercial, le bonhomme a oscillé entre correct et (franchement) moins bon du milieu des années 1990 à aujourd’hui. C’est à lui, surtout, que l’on doit la franchise Resident Evil, dont le premier volet a reçu un accueil assez favorable de la part des critiques comme des spectateurs, donnant ainsi naissance à quatre suites et bientôt à une cinquième. Désireux de s’éloigner de cette saga de temps à autre, Anderson revient donc un an et demi après le médiocre Resident Evil : Retribution pour livrer sa vision personnelle de l’une des plus grandes catastrophes naturelles de l’histoire de l’humanité, au cours de laquelle la ville de Pompéi fut réduite à néant par l’éruption du Vésuve. Si l’explosion dudit volcan impressionne à plus d’un égard dans la dernière partie, le film traîne en longueur pour en arriver là, et est miné non seulement par une histoire d’amour bien trop simple pour émouvoir, mais également par le poids des films précédents du même genre dont Pompéi s’inspire beaucoup trop. C’est dommage, car au delà de ça, quelques bonnes idées émergent par-ci par-là, mais ne sont jamais correctement exploitées. 

Synopsis

Août 79 après Jésus-Christ. La ville de Pompéi, au pied du Vésuve, est à son apogée, bénéficiant du rayonnement de l’empire romain et de sa capitale. Milo, un esclave venu de Grande-Bretagne dont la tribu celte a été massacrée 17 ans plus tôt, arrive pour être vendu à Severus, un puissant marchand. A l’entrée de la ville, il fait la connaissance de Cassia, la fille de Severus rentrant de Rome. Les deux sont immédiatement attirés l’un par l’autre. Au même moment débarque Corvus, un sénateur romain arrogant et méchant, voulant investir dans la ville et lui aussi épris de Cassia. Reconnaissant en lui l’homme qui a tué sa famille, Milo devient gladiateur et, avec l’aide du champion de l’arène Atticus, entreprend de se venger et de sauver Cassia. Trop occupés à leurs petites affaires, les hommes ne prêtent aucune attention aux fumées blanches qui s’échappent du Vésuve, ne se doutant pas qu’une catastrophe sans précédent va bientôt dévaster la ville…

Gladiateurs, je vous salue

Quels que soient l’histoire, le style visuel et les moyens mis en œuvre, très nombreux sont les films sur l’antiquité romaine sortis au cours de ces quinze dernières années à avoir intégré à leur scénario des éléments historiques réels afin de donner plus de réalisme et de poids à ce qu’ils voulaient raconter. Pompéi ne déroge pas à la règle, et parvient avec plus ou moins de succès à retranscrire la réalité. Le film s’ouvre sur des images de corps figés lors de la catastrophe, accompagnées par une longue citation de Pline le Jeune, témoin oculaire de l’incident qu’il a relaté dans ses fameuses Lettres. Cette tentative de cohérence historique se confirme par la suite avec une certaine efficacité. Les scénaristes et le réalisateur ont fait des recherches et travaillé leur sujet, et cela se ressent. Que ce soit dans les costumes et le style vestimentaire selon les classes sociales, les armes et les armures, les moyens de locomotion, l’architecture des rues et des murs de la ville, des villas, de l’amphithéâtre et de l’arène, ou encore l’animation qui règne au sein de Pompéi, un véritable effort de reconstitution a été fait et cela se voit clairement à l’écran.

Cette reconstitution minutieuse n’est pas sans rappeler des œuvres comme Gladiator ou encore l’excellente série Rome, dont le film s’inspire ouvertement. Hélas, à ce niveau, Pompéi arrive certainement un peu trop tard après la bataille. En fait, c’est là que réside le plus gros point noir du long-métrage, et il faut se demander s’il l’on doit parler d’inspiration ou de plagiat. En effet, lors de ses deux premiers actes, la structure narrative de Pompéi semble n’être qu’un immense copié-collé du chef-d’œuvre de Ridley Scott, tant la trajectoire de Milo paraît calquée sur celle de Maximus (Russell Crowe). Tout comme le général romain déchu, Milo voit sa famille se faire massacrer sans rien pouvoir faire et est vendu en tant qu’esclave. Comme lui, il fait ses armes de gladiateur dans une arène d’une province de l’empire romain – Londres – et est tellement fort qu’il devient une légende parmi les autres gladiateurs et reçoit un surnom, le Celte – là où Maximus se fait d’abord appeler l’Espagnol. A l’instar de Maximus, il est repéré par un entraîneur de gladiateurs qui décide de le rapatrier dans une grande ville romaine en prévision de Jeux à venir. Et, tout comme Maximus, c’est par l’intermédiaire des combats dans l’arène que Milo va avoir une chance de se venger de ceux qui lui ont causé du tort. L’analogie ne s’arrête pas là. Le perfide sénateur Corvus, joué par Kiefer Sutherland, n’est qu’une imitation à peine voilée de Commode (Joaquin Phoenix) mais en beaucoup moins bonne. Quant à Atticus, d’abord méfiant vis-à-vis de Milo avant de devenir son ami, il n’est rien d’autre qu’un croisement entre Juba (Djimon Hounsou) et Hagen (Ralf Moeller), le colosse germain d’abord adversaire puis allié de Maximus. Les scénaristes ont poussé le vice jusqu’à s’inspirer (ou reprendre, au choix) de certaines lignes de dialogue. Lorsque Maximus et ses hommes gagnent le combat dans le Colisée censé être une reproduction d’une précédente victoire de son père Marc Aurèle, Commode dit de manière amusée que ce n’est pas comme cela que les choses ont eu lieu dans la réalité ; à quelques mots changés près, c’est exactement ce que dit Corvus lorsqu’il voit Milo et les autres gladiateurs prendre l’avantage alors que le combat reproduit une ancienne victoire des romains. De ce fait, le film manque clairement d’originalité et d’une véritable identité, une impression qui demeure jusqu’au début du troisième acte.

Hélas, ce n’est pas l’histoire de cœur entre les deux personnages principaux qui vient arranger les choses. La romance entre Milo et Cassia accumule non seulement certains clichés (les deux qui se plaisent dès le premier regard, l’antagoniste qui est la principale barrière à leur relation, leur fuite ensemble…), mais elle ne donne en plus jamais l’impression de décoller vraiment, si bien que le spectateur n’en a pas grand-chose à faire. Si elle plaira sans doute aux plus jeunes, elle n’est à aucun moment suffisamment forte pour convaincre, sauf, paradoxalement, lors d’une fin assez inattendue qui se matérialise sous la forme d’un plan final apportant une certaine touche émotionnelle. Il est bien dommage que les scénaristes aient fait de cette histoire d’amour le point central de leur intrigue, alors qu’ils mettent en place quelques pistes qui auraient pu être beaucoup plus intéressantes si elles avaient été mieux exploitées, notamment en ce qui concerne le contexte politique et économique de l’époque entre Rome et ses provinces : ici, c’est un échange entre Corvus et Severus durant lequel le sénateur explique au marchand que le nouvel empereur (Titus, qui a pris la place de son père Vespasien décédé deux mois plus tôt) éprouve un certain mépris pour ses provinces et ne souhaite pas vraiment investir dans Pompéi, contrairement à lui ; là, c’est Milo qui dit à Cassia que les romains prennent les peuples des autres pays de l’empire pour des sauvages, alors que ce sont eux les vrais barbares ; ailleurs encore, Cassia explique à sa mère qu’elle est rentrée plus que prévu de Rome car elle n’aimait pas le climat qui y régnait. Il y avait vraiment matière à faire un scénario avec un riche sous-texte, ce qui aurait été bien plus intéressant qu’une romance déjà vue à plus d’une reprise.

La Montagne du Destin

Si les deux premiers actes sont donc décevants à plus d’un égard, le film peut néanmoins se targuer de bénéficier d’un troisième acte particulièrement impressionnant, ce grâce à l’autre star du film que chaque spectateur attend impatiemment de voir entrer en action dès que la séance commence, le Vésuve. Après 1h15 d’attente, la fin du deuxième acte sonne ; Milo, toujours au cœur de l’arène, se retrouve dans une assez mauvaise posture et s’apprête à prendre une vilaine correction, lorsque tout un pan de l’amphithéâtre se fissure d’un coup et qu’un grondement terrible retentit dans l’air. Le cône du Vésuve explose alors avec une terrible violence, projetant d’immenses volutes d’une épaisse fumée noire – qui, d’après les dires de la communauté scientifique, se serait élevée ce jour-là à plus de 30 kilomètres dans le ciel – obscurcissant très rapidement le soleil et faisant alors planer l’ombre de la destruction sur toute la vile. Le spectateur jubile déjà tandis que les visages des personnages voyant le phénomène se pétrifient, comprenant qu’ils vont certainement passer un très sale quart d’heure.

A partir de là, le film s’embarque dans une dernière demi-heure visuellement splendide qui, pour le coup, rattrape presque à elle seule les nombreux défauts du reste. Indéniablement, Anderson et son équipe artistique ont dû faire passer une assez grosse partie du budget alloué au film (80 millions) dans ce moment spectaculaire qui va crescendo jusqu’à l’explosion finale. Rien n’est épargné aux Pompéiens, et le réalisateur parvient à donner à son public une certaine idée de l’enfer qu’ils ont dû vivre ce jour-là. Ainsi, le volcan commence par cracher des scories et d’immenses roches qui viennent s’abattre sur tous les endroits de la ville comme sur les eaux de la baie alentour, détruisant au passage plus d’un navire tentant de fuir la catastrophe. Viennent ensuite les vents violents et les orages, de forts éclairs éclatant à l’intérieur des massives volutes de fumée. La séquence la plus impressionnante à part l’explosion reste peut-être le raz-de-marée qui engloutit le port ainsi que la partie extérieure de la ville, provoquant au passage des glissements de terrain qui détruisent les villas et les habitations situées dans ses hauteurs. S’ensuivent les épais nuages de cendres qui rendent l’air suffocant, une impression là encore palpable par le spectateur, pour finalement aboutir sur un final durant lequel le Vésuve déverse de monstrueuses coulées de lave et de boue qui engloutissent tout sur leur passage. Grâce à des effets spéciaux maîtrisés et une 3D sympathique, Anderson parvient donc à donner de manière crédible une véritable atmosphère de chaos et de désolation, et si Hollywood a déjà mis en scène des éruptions de volcan par le passé – on pense bien sûr à Volcano et au Pic de Dante –, peu l’ont fait d’une manière aussi belle et réaliste.

Impossible de finir cette critique sans toucher un mot du casting, très inégal. Dans le rôle de Milo, Kit Harington s’en sort juste correctement, sans plus, même si les mauvaises langues diront qu’il a choisi la facilité, vu le personnage qu’il joue dans la série à succès Game of Thrones, et qu’il aurait pu être bien meilleur, ce qui est vrai. Désormais habitué aux seconds rôles, le toujours sympathique Adewale Akinnuoye-Agbaje (l’excellent monsieur Eko dans Lost, c’était lui) apporte une certaine consistance et un vrai charisme à Atticus. Jared Harris, qui joue ici Severus, parvient à être crédible tout du long, mais est sous-employé. Côté féminin, seule Emily Browning s’en sort bien, insufflant son charme et son caractère à Cassia, jeune femme refusant les conventions sociales de son époque et choisissant d’aimer un esclave ; Carrie-Anne Moss et Jessica Lucas, quant à elles, campent des personnages qui, n’ayons pas peur des mots, n’apportent rien. Mais la plus grosse déception vient de Kiefer Sutherland. Après plus d’une décennie dans la peau de l’agent Jack Bauer, il est normal qu’il veuille faire autre chose, mais il semble avoir été très mal choisi pour interpréter Corvus ; surjouant constamment, son personnage ne donne jamais la nette impression de représenter une sérieuse menace, étant parfois plus ridicule que terrifiant.

Conclusion

Sans aucun doute, Paul W.S. Anderson livre avec Pompéi l’un de ses films les plus aboutis et ambitieux à ce jour. Toutefois, force est de constater que le scénario, se reposant sur une histoire d’amour peu prenante, n’est pas à la hauteur des attentes. S’inscrivant dans la droite lignée des films prenant pour cadre l’antiquité romaine, Pompéi souffre par ailleurs beaucoup de ses illustres prédécesseurs, notamment Gladiator qu’il semble largement copier. C’est fort dommage, car, en plus d’un dernier acte visuellement magnifique, le film ne manque pas de bonnes idées, que les auteurs n’ont pas jugé bon d’exploiter pleinement. Pas un raté complet ni un grand film, Pompéi peut être vu comme un sympathique plaisir coupable, mais donne aussi le sentiment d’un beau gâchis. Reste à espérer que ce dramatique événement inspirera d’autres cinéastes dans les années à venir. Cette catastrophe si singulière, qui a marqué l’Histoire à jamais, pourrait donner et mériterait bien mieux.

Pompéi. Réalisé par Paul W.S. Anderson. Ecrit par Janet Scott Batchler, Lee Batchler et Michael Robert Johnson. Produit par Jeremy Bolt, Robert Kulzer et Don Carmody. Avec Kit Harington, Emily Browning, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Kiefer Sutherland, Jared Harris, Carrie-Anne Moss, Jessica Lucas, Currie Graham et Joe Pingue. Distribué en France par SND. Distribué à l’étranger par TriStar Pictures. 104 minutes.

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