Volcan, lave moi cette ville
Note : 8/20
Un film d’action teinté d’éléments historiques qui
dispose de quelques bonnes idées mais ne parvient jamais à se hisser au niveau
des références dont il s’inspire trop lourdement, malgré une dernière partie
spectaculaire
D’ordinaire, la carrière d’un réalisateur va
crescendo. Au fil des années et des films, le cinéaste affine son style et sa
technique, s’améliorant un peu plus et apprenant constamment à chaque
production. Il arrive parfois que des metteurs en scène particulièrement doués
et atypiques livrent de grands films dès le début de leur carrière et restent
sur une note très positive par la suite – des Martin Scorsese, James Cameron,
Steven Spielberg, Quentin Tarantino et bien d’autres encore. Mais il existe
aussi des cinéastes dont la carrière est en dents de scie, avec des œuvres
alternant constamment entre le film correct, le sympathique plaisir coupable et
le long-métrage nettement moins bon. Sans aucun doute, Paul W.S. Anderson fait
partie des meilleurs exemples de cette catégorie. Ayant véritablement lancé sa
carrière avec le mauvais Mortal Kombat,
adaptation du célèbre jeu vidéo qui a néanmoins connu un beau succès
commercial, le bonhomme a oscillé entre correct et (franchement) moins bon du
milieu des années 1990 à aujourd’hui. C’est à lui, surtout, que l’on doit la
franchise Resident Evil, dont le
premier volet a reçu un accueil assez favorable de la part des critiques comme
des spectateurs, donnant ainsi naissance à quatre suites et bientôt à une
cinquième. Désireux de s’éloigner de cette saga de temps à autre, Anderson
revient donc un an et demi après le médiocre Resident Evil : Retribution pour livrer sa vision personnelle
de l’une des plus grandes catastrophes naturelles de l’histoire de l’humanité,
au cours de laquelle la ville de Pompéi fut réduite à néant par l’éruption du
Vésuve. Si l’explosion dudit volcan
impressionne à plus d’un égard dans la dernière partie, le film traîne en
longueur pour en arriver là, et est miné non seulement par une histoire
d’amour bien trop simple pour émouvoir, mais également par le poids des films
précédents du même genre dont Pompéi
s’inspire beaucoup trop. C’est dommage, car au delà de ça, quelques bonnes
idées émergent par-ci par-là, mais ne sont jamais correctement exploitées.
Synopsis
Août 79 après Jésus-Christ. La ville de Pompéi, au
pied du Vésuve, est à son apogée, bénéficiant du rayonnement de l’empire romain
et de sa capitale. Milo, un esclave venu de Grande-Bretagne dont la tribu celte
a été massacrée 17 ans plus tôt, arrive pour être vendu à Severus, un puissant
marchand. A l’entrée de la ville, il fait la connaissance de Cassia, la fille
de Severus rentrant de Rome. Les deux sont immédiatement attirés l’un par
l’autre. Au même moment débarque Corvus, un sénateur romain arrogant et
méchant, voulant investir dans la ville et lui aussi épris de Cassia.
Reconnaissant en lui l’homme qui a tué sa famille, Milo devient gladiateur et,
avec l’aide du champion de l’arène Atticus, entreprend de se venger et de
sauver Cassia. Trop occupés à leurs petites affaires, les hommes ne prêtent
aucune attention aux fumées blanches qui s’échappent du Vésuve, ne se doutant
pas qu’une catastrophe sans précédent va bientôt dévaster la ville…
Gladiateurs,
je vous salue
Quels que soient l’histoire, le style visuel et les
moyens mis en œuvre, très nombreux sont les films sur l’antiquité romaine
sortis au cours de ces quinze dernières années à avoir intégré à leur scénario
des éléments historiques réels afin de donner plus de réalisme et de poids à ce
qu’ils voulaient raconter. Pompéi ne déroge pas à la règle, et
parvient avec plus ou moins de succès à retranscrire la réalité. Le film
s’ouvre sur des images de corps figés lors de la catastrophe, accompagnées par
une longue citation de Pline le Jeune, témoin oculaire de l’incident qu’il a
relaté dans ses fameuses Lettres. Cette
tentative de cohérence historique se confirme par la suite avec une certaine
efficacité. Les scénaristes et le réalisateur ont fait des recherches et
travaillé leur sujet, et cela se ressent. Que ce soit dans les costumes et le
style vestimentaire selon les classes sociales, les armes et les armures, les
moyens de locomotion, l’architecture des rues et des murs de la ville, des villas,
de l’amphithéâtre et de l’arène, ou encore l’animation qui règne au sein de
Pompéi, un véritable effort de
reconstitution a été fait et cela se voit clairement à l’écran.
Cette reconstitution minutieuse n’est pas sans
rappeler des œuvres comme Gladiator
ou encore l’excellente série Rome,
dont le film s’inspire ouvertement. Hélas, à ce niveau, Pompéi arrive certainement un peu trop tard après la bataille. En
fait, c’est là que réside le plus gros point noir du long-métrage, et il faut
se demander s’il l’on doit parler d’inspiration ou de plagiat. En effet, lors
de ses deux premiers actes, la structure
narrative de Pompéi semble n’être
qu’un immense copié-collé du chef-d’œuvre de Ridley Scott, tant la trajectoire
de Milo paraît calquée sur celle de Maximus (Russell Crowe). Tout comme le
général romain déchu, Milo voit sa famille se faire massacrer sans rien pouvoir
faire et est vendu en tant qu’esclave. Comme lui, il fait ses armes de
gladiateur dans une arène d’une province de l’empire romain – Londres – et est
tellement fort qu’il devient une légende parmi les autres gladiateurs et reçoit
un surnom, le Celte – là où Maximus se fait d’abord appeler l’Espagnol. A
l’instar de Maximus, il est repéré par un entraîneur de gladiateurs qui décide
de le rapatrier dans une grande ville romaine en prévision de Jeux à venir. Et,
tout comme Maximus, c’est par l’intermédiaire des combats dans l’arène que Milo
va avoir une chance de se venger de ceux qui lui ont causé du tort. L’analogie
ne s’arrête pas là. Le perfide sénateur Corvus, joué par Kiefer Sutherland,
n’est qu’une imitation à peine voilée de Commode (Joaquin Phoenix) mais en
beaucoup moins bonne. Quant à Atticus, d’abord méfiant vis-à-vis de Milo avant
de devenir son ami, il n’est rien d’autre qu’un croisement entre Juba (Djimon
Hounsou) et Hagen (Ralf Moeller), le colosse germain d’abord adversaire puis
allié de Maximus. Les scénaristes ont
poussé le vice jusqu’à s’inspirer (ou reprendre, au choix) de certaines lignes
de dialogue. Lorsque Maximus et ses hommes gagnent le combat dans le
Colisée censé être une reproduction d’une précédente victoire de son père Marc
Aurèle, Commode dit de manière amusée que ce n’est pas comme cela que les
choses ont eu lieu dans la réalité ; à quelques mots changés près, c’est
exactement ce que dit Corvus lorsqu’il voit Milo et les autres gladiateurs
prendre l’avantage alors que le combat reproduit une ancienne victoire des
romains. De ce fait, le film manque
clairement d’originalité et d’une véritable identité, une impression qui
demeure jusqu’au début du troisième acte.
Hélas, ce n’est pas l’histoire de cœur entre les deux
personnages principaux qui vient arranger les choses. La romance entre Milo et
Cassia accumule non seulement certains clichés (les deux qui se plaisent dès le
premier regard, l’antagoniste qui est la principale barrière à leur relation,
leur fuite ensemble…), mais elle ne
donne en plus jamais l’impression de décoller vraiment, si bien que le
spectateur n’en a pas grand-chose à faire. Si elle plaira sans doute aux
plus jeunes, elle n’est à aucun moment suffisamment forte pour convaincre,
sauf, paradoxalement, lors d’une fin
assez inattendue qui se matérialise sous la forme d’un plan final apportant une
certaine touche émotionnelle. Il est bien dommage que les scénaristes aient
fait de cette histoire d’amour le point central de leur intrigue, alors qu’ils mettent en place quelques pistes qui
auraient pu être beaucoup plus intéressantes si elles avaient été mieux
exploitées, notamment en ce qui concerne le contexte politique et économique de
l’époque entre Rome et ses provinces : ici, c’est un échange entre
Corvus et Severus durant lequel le sénateur explique au marchand que le nouvel
empereur (Titus, qui a pris la place de son père Vespasien décédé deux mois
plus tôt) éprouve un certain mépris pour ses provinces et ne souhaite pas
vraiment investir dans Pompéi, contrairement à lui ; là, c’est Milo qui
dit à Cassia que les romains prennent les peuples des autres pays de l’empire
pour des sauvages, alors que ce sont eux les vrais barbares ; ailleurs
encore, Cassia explique à sa mère qu’elle est rentrée plus que prévu de Rome
car elle n’aimait pas le climat qui y régnait. Il y avait vraiment matière à
faire un scénario avec un riche sous-texte, ce qui aurait été bien plus
intéressant qu’une romance déjà vue à plus d’une reprise.
La
Montagne du Destin
Si les deux premiers actes sont donc décevants à plus
d’un égard, le film peut néanmoins se
targuer de bénéficier d’un troisième acte particulièrement impressionnant, ce grâce
à l’autre star du film que chaque spectateur attend impatiemment de voir entrer
en action dès que la séance commence, le Vésuve. Après 1h15 d’attente, la
fin du deuxième acte sonne ; Milo, toujours au cœur de l’arène, se
retrouve dans une assez mauvaise posture et s’apprête à prendre une vilaine
correction, lorsque tout un pan de l’amphithéâtre se fissure d’un coup et qu’un
grondement terrible retentit dans l’air. Le cône du Vésuve explose alors avec
une terrible violence, projetant d’immenses volutes d’une épaisse fumée noire –
qui, d’après les dires de la communauté scientifique, se serait élevée ce
jour-là à plus de 30 kilomètres dans le ciel – obscurcissant très rapidement le
soleil et faisant alors planer l’ombre de la destruction sur toute la vile. Le
spectateur jubile déjà tandis que les visages des personnages voyant le
phénomène se pétrifient, comprenant qu’ils vont certainement passer un très
sale quart d’heure.
A partir de là, le film s’embarque dans une dernière
demi-heure visuellement splendide qui, pour le coup, rattrape presque à elle
seule les nombreux défauts du reste. Indéniablement, Anderson et son équipe
artistique ont dû faire passer une assez grosse partie du budget alloué au film
(80 millions) dans ce moment spectaculaire qui va crescendo jusqu’à l’explosion
finale. Rien n’est épargné aux
Pompéiens, et le réalisateur parvient à donner à son public une certaine idée
de l’enfer qu’ils ont dû vivre ce jour-là. Ainsi, le volcan commence par
cracher des scories et d’immenses roches qui viennent s’abattre sur tous les
endroits de la ville comme sur les eaux de la baie alentour, détruisant au
passage plus d’un navire tentant de fuir la catastrophe. Viennent ensuite les
vents violents et les orages, de forts éclairs éclatant à l’intérieur des
massives volutes de fumée. La séquence la plus impressionnante à part
l’explosion reste peut-être le raz-de-marée qui engloutit le port ainsi que la
partie extérieure de la ville, provoquant au passage des glissements de terrain
qui détruisent les villas et les habitations situées dans ses hauteurs.
S’ensuivent les épais nuages de cendres qui rendent l’air suffocant, une
impression là encore palpable par le spectateur, pour finalement aboutir sur un
final durant lequel le Vésuve déverse de monstrueuses coulées de lave et de
boue qui engloutissent tout sur leur passage. Grâce à des effets spéciaux
maîtrisés et une 3D sympathique, Anderson
parvient donc à donner de manière crédible une véritable atmosphère de chaos et
de désolation, et si Hollywood a
déjà mis en scène des éruptions de volcan par le passé – on pense bien sûr
à Volcano et au Pic de Dante –, peu l’ont
fait d’une manière aussi belle et réaliste.
Impossible de finir cette critique sans toucher un
mot du casting, très inégal. Dans le
rôle de Milo, Kit Harington s’en sort juste correctement, sans plus, même si
les mauvaises langues diront qu’il a choisi la facilité, vu le personnage qu’il
joue dans la série à succès Game of
Thrones, et qu’il aurait pu être bien meilleur, ce qui est vrai. Désormais
habitué aux seconds rôles, le toujours sympathique Adewale Akinnuoye-Agbaje
(l’excellent monsieur Eko dans Lost,
c’était lui) apporte une certaine consistance et un vrai charisme à Atticus.
Jared Harris, qui joue ici Severus, parvient à être crédible tout du long, mais
est sous-employé. Côté féminin, seule Emily Browning s’en sort bien, insufflant
son charme et son caractère à Cassia, jeune femme refusant les conventions
sociales de son époque et choisissant d’aimer un esclave ; Carrie-Anne
Moss et Jessica Lucas, quant à elles, campent des personnages qui, n’ayons pas
peur des mots, n’apportent rien. Mais la plus grosse déception vient de Kiefer
Sutherland. Après plus d’une décennie dans la peau de l’agent Jack Bauer, il
est normal qu’il veuille faire autre chose, mais il semble avoir été très mal
choisi pour interpréter Corvus ; surjouant constamment, son personnage ne
donne jamais la nette impression de représenter une sérieuse menace, étant
parfois plus ridicule que terrifiant.
Conclusion
Sans aucun doute, Paul W.S. Anderson livre avec Pompéi l’un de ses films les plus
aboutis et ambitieux à ce jour. Toutefois, force est de constater que le
scénario, se reposant sur une histoire d’amour peu prenante, n’est pas à la
hauteur des attentes. S’inscrivant dans la droite lignée des films prenant pour
cadre l’antiquité romaine, Pompéi
souffre par ailleurs beaucoup de ses illustres prédécesseurs, notamment Gladiator qu’il semble largement copier.
C’est fort dommage, car, en plus d’un dernier acte visuellement magnifique, le
film ne manque pas de bonnes idées, que les auteurs n’ont pas jugé bon
d’exploiter pleinement. Pas un raté
complet ni un grand film, Pompéi peut
être vu comme un sympathique plaisir coupable, mais donne aussi le sentiment
d’un beau gâchis. Reste à espérer que ce dramatique événement inspirera
d’autres cinéastes dans les années à venir. Cette catastrophe si singulière, qui a marqué l’Histoire à jamais,
pourrait donner et mériterait bien mieux.
Pompéi. Réalisé par Paul W.S. Anderson. Ecrit par Janet
Scott Batchler, Lee Batchler et Michael Robert Johnson. Produit par Jeremy
Bolt, Robert Kulzer et Don Carmody. Avec Kit Harington, Emily Browning, Adewale
Akinnuoye-Agbaje, Kiefer Sutherland, Jared Harris, Carrie-Anne Moss, Jessica
Lucas, Currie Graham et Joe Pingue. Distribué en France par SND. Distribué à l’étranger
par TriStar Pictures. 104 minutes.
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