mercredi 9 octobre 2013

Machete Kills


Machete don't like

Note : 10/20

Une suite toujours en forme d’hommage au cinéma de série Z mais nettement inférieure au premier film, tout juste bonne pour patienter jusqu’à Sin City 2







Il y a des personnages de cinéma qui, s’ils deviennent cultes auprès d’une communauté de fans au fil du temps, n’étaient à la base même pas censés exister. Machete fait indéniablement partie de ces personnages. Il y a plus de six ans, alors que le diptyque Grindhouse s’apprête à sortir sur les écrans français – Boulevard de la Mort début juin 2007, Planète Terreur à la mi-août –, Robert Rodriguez, à la barre du deuxième film, décide de réaliser une bande-annonce mettant en scène un personnage d’agent spécial complètement barré et en apparence increvable pour promouvoir le dyptique. Incarné par Danny Trejo, Machete vient de naître aux yeux du monde. Pendant les deux années qui suivent, l’acteur américain n’a de cesse de demander au scénariste-réalisateur de donner au personnage un film bien à lui. Son vœu finit par être exaucé. Début décembre 2010 sort Machete, hommage aux films que Rodriguez affectionnait dans sa jeunesse, qui est globalement salué par la critique et marche correctement au box office mondial. Le film est le premier d’une trilogie, dont voici le deuxième volet. Et, autant le dire tout de suite, force est de constater que ce Machete Kills, même s’il reste sympathique, est clairement inférieur à son aîné.

Synopsis

Accusé d’être responsable de la mort d’un de ses partenaires, l’ancien agent spécial Machete est sur le point d’être pendu, lorsqu’un appel du Président des Etats-Unis le sauve. Le président Rathcock explique à Machete qu’il a besoin de lui pour arrêter Mendez, le dangereux chef d’un puissant cartel de la drogue qui se terre au Mexique et a un missile nucléaire directement pointé sur Washington. Parvenant à retrouver Mendez et à le ramener sur le sol américain alors que leurs têtes sont mises à prix et que de nombreux tueurs, dont un mystérieux Caméléon, sont à leurs trousses, Machete réalise bientôt que Mendez n’est qu’une marionnette dans une conspiration bien plus vaste, orchestrée par l’organisation d’un marchand de mort milliardaire, Luther Voz…

Une histoire sympathique mais répétitive

Inutile de dire que l’histoire est débile ou que le scénario écrit par Kyle Ward est trop simple et n’a pratiquement aucun enjeu crédible, ce sont ces éléments qui font justement le charme de ce Machete Kills, comme ils l’avaient déjà fait pour le premier volet. Rodriguez ressort les mêmes ingrédients et les assaisonnent avec une sauce quasiment identique, ce qui fonctionne toujours bien. Machete se retrouve ainsi, du moins dans la première moitié du film, dans des situations inextricables pour un homme normal, devant à nouveau affronter des armées entières de soldats, de ripoux et autres tueurs déterminés à lui barrer la route, et il n’hésite pas, pour s’en défaire, à utiliser des armes toujours plus grosses et délirantes. La violence est parfois poussée à son paroxysme, le sang gicle souvent à gros bouillons, l’humour des scènes d’action est généralement noir. Machete semble plus badass que jamais, et certaines des mises à mort de ses ennemis sont particulièrement timbrées et rivalisent d’ingéniosité avec celles du premier film – pour n’en citer qu’une, Machete étripe son opposant et balance ses intestins dans les pales d’un hélicoptère tournant à toute vitesse. Les spectateurs qui avaient apprécié Machete seront également heureux de retrouver quelques têtes connues, comme Sartana ou la surprenante Shé. Le film est par ailleurs très référentiel, multipliant les clins d’œil à des films dont Rodriguez est fan, comme par exemple Star Wars. Et, tout comme dans Machete, Rodriguez donne à son film un sous-texte qui n’a pas forcément sa place mais prête toujours à l’amusement : après l’immigration illégale, c’est ici le système américain, symbolisé par le président Rathcock, qui en prend plein la gueule.

Cependant, reprendre ce qui a fait le succès du précédent film jusque dans le scénario a un prix, celui de l’originalité. La force de Machete tenait pour beaucoup dans la progression de son personnage principal, qui montrait ses limites vers la fin et ne pouvait pas réussir sa mission sans l’aide de ses camarades d’arme, malgré sa condition de surhomme apparemment invincible qui est aussi montrée ici à travers quelques scènes amusantes. Si l’histoire n’est pas la même et que les méchants auxquels Machete est confronté ont des motivations différentes, Rodriguez et Ward ne s’ennuient pas et reprennent exactement la même construction pour la structure scénaristique : Machete est accusé à tort d’un crime qu’il n’a pas commis, il parvient à s’en sortir, s’engage dans une mission suicide et en sort vivant, pour se rendre compte que ses ennuis ne sont pas terminés, et qu’il va finalement avoir besoin d’aide pour se débarrasser de son adversaire. Inutile donc de dire que, pour ceux qui ont vu et apprécié le film original, les situations deviennent vite répétitives, voire même prévisibles et ridicules, et la joie de retrouver le personnage et son univers barré laisse peu à peu place à un ennui qui ne fait que s’amplifier jusqu’à la fin, à l’exception de quelques scènes bien pensées. Si quelques séquences sont vraiment drôles et provoquent un rire franc, le spectateur passe le plus clair de son temps à sourire, voire à rester indifférent, et même ceux qui adhèrent complètement à l’humour noir et décalé du réalisateur risquent de ne pas y trouver leur compte.

Un casting surchargé et inégal

Rodriguez répète également une erreur qu’il avait déjà commise avec le premier film. S’il montre encore sa faculté à créer et faire vivre des personnages hauts en couleur, il multiplie les intrigues secondaires au risque de ne pas suffisamment faire apparaître certains de ces personnages ou de les mettre trop rapidement de côté. C’est par exemple le cas avec Shé, l’amie révolutionnaire de Machete, toujours interprétée par Michelle Rodriguez. Vu l’importance du personnage dans le premier film, on était en droit d’attendre une présence considérable dans cette suite. Il n’en est finalement rien : Shé apparaît moins de 45 minutes avant la fin, et si elle ne quitte alors plus l’écran, elle se contente de faire tout ce qu’elle a déjà fait dans Machete sans aucune autre forme de développement, rendant les retrouvailles avec elle un peu amères.

Les personnages et les acteurs qui les interprètent sont très inégaux. Si Sofia Vergara parvient à rendre son protagoniste intriguant au début, il devient vite agaçant par la suite, voire même carrément grotesques dans ses moments censés être les meilleurs : la scène du bonnet D pour ne citer qu’elle, bien que complètement assumée, est franchement ridicule et inutilement bruyante. La meilleure idée côté personnages est aussi la plus paradoxale, et elle concerne le Caméléon, tueur impitoyable qui en a après Machete et Mendez. Si le personnage est peut-être le plus intéressant de tous avec ses identités successives, Rodriguez confie le rôle à quatre excellents acteurs dont la présence à l’écran tient plus du caméo que du vrai second rôle : Lady Gaga, qui s’en sort honorablement, et Cuba Gooding Jr. apparaissent quinze minutes grand max, Antonio Banderas et Walton Goggins n’ont pour leur part pas plus de dix minutes. C’est court, trop court, et il aurait peut-être été plus judicieux de donner seulement deux identités au Caméléon et plus de présence aux interprètes qui l’incarnent. Amber Heard et Alexa Vega apportent pour leur part une vraie touche sensuelle, comme le faisait de manière plus ou moins réussie Lindsay Lohan dans le premier film. A l’instar de cette dernière, leurs personnages sont des clichés sur pattes, sauf que, là où ces clichés étaient parfaitement assumés et participaient à l’hilarité dans le Machete, ils finissent rapidement par lasser et ne plus amuser ici.

Presque paradoxalement, le salut de ce côté arrive à travers les deux méchants du film. Demian Bichir s’en donne à cœur joie dans la peau de Mendez, un personnage beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît de prime abord du fait de son dédoublement de personnalité qui le rend imprévisible et attachant. Son rire si particulier et ses mimiques font souvent mouche. Quant à Mel Gibson, qui incarne l’excentrique et dérangé Luther Voz, on serait bien tenté de dire qu’il sauve le spectateur d’un ennui complet dans la deuxième partie du film. Assumant complètement son côté grotesque, notamment dans son costume muni d’une cape à la fin, l’acteur s’amuse comme un fou, chose qu’il n’avait pas faite depuis longtemps, et démontre une nouvelle fois son talent à pouvoir jouer n’importe qui. Son enthousiasme est réellement communicatif. On pourrait aussi mentionner dans ce paragraphe Charlie Sheen, ou plutôt Carlos Estevez, qui, s’il apparaît trop peu lui aussi, donne vie à un président complètement loufoque qui ne manque pas d’avoir une réplique drôle chaque fois qu’il est présent.

Conclusion

Robert Rodriguez a clairement fait savoir qu’il irait jusqu’au bout de la trilogie qu’il a envisagée pour Machete, et la fin de ce volet ne laisse pas de doute quant à la suite. Il devrait d’abord se demander si les spectateurs auront vraiment envie de voir ce dernier film. Au vu de cette deuxième itération, cela ne semble pas évident. Il a poursuivi et poussé beaucoup plus loin son délire sans vraiment se demander si cela satisferait pleinement les afficionados de la première heure comme les néophytes du personnage. En résulte un film très moyen, moins original que son aîné, provoquant beaucoup moins de rires, commettant peu ou prou les mêmes erreurs, bref, tout simplement moins bon. Cette suite semble surtout être un amuse-gueule offert par Rodriguez pour patienter jusqu’à son très attendu Sin City : A Dame to Kill For prévu pour l’an prochain, toujours coréalisé avec Frank Miller. Tout comme Machete, Sin City premier du nom avait été très bien reçu. Espérons juste, alors, que la deuxième visite dans la ville du vice et du péché soit meilleure que ce Machete Kills.



Machete Kills. Réalisé par Robert Rodriguez. Ecrit par Kyle Ward. Produit par Robert Rodriguez, Rick Schwartz, Sergei Bespalov, Alexander Rodnyansky, Aaron Kaufman et Iliana Nikolic. Avec Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Demian Bichir, Mel Gibson, Carlos Estevez, Walton Goggins, Cuba Gooding Jr., Antonio Banderas, Lady Gaga, Amber Heard, Sofia Vergara, Alexa Vega, William Sadler et Jessica Alba. Distribué en France par Wild Bunch Distribution. Distribué à l'étranger par Open Road Films. 108 minutes.


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