Machete don't like
Note : 10/20
Une suite
toujours en forme d’hommage au cinéma de série Z mais nettement inférieure au premier film, tout juste bonne pour patienter jusqu’à Sin City 2
Il y a des personnages de cinéma qui, s’ils
deviennent cultes auprès d’une communauté de fans au fil du temps, n’étaient à
la base même pas censés exister. Machete fait indéniablement partie de ces
personnages. Il y a plus de six ans, alors que le diptyque Grindhouse s’apprête
à sortir sur les écrans français – Boulevard
de la Mort début juin 2007, Planète
Terreur à la mi-août –, Robert Rodriguez, à la barre du deuxième film,
décide de réaliser une bande-annonce mettant en scène un personnage d’agent
spécial complètement barré et en apparence increvable pour promouvoir le
dyptique. Incarné par Danny Trejo, Machete vient de naître aux yeux du monde.
Pendant les deux années qui suivent, l’acteur américain n’a de cesse de
demander au scénariste-réalisateur de donner au personnage un film bien à lui. Son
vœu finit par être exaucé. Début décembre 2010 sort Machete, hommage aux films que Rodriguez affectionnait dans sa
jeunesse, qui est globalement salué par la critique et marche correctement au
box office mondial. Le film est le premier d’une trilogie, dont voici le
deuxième volet. Et, autant le dire tout
de suite, force est de constater que ce Machete
Kills, même s’il reste sympathique, est clairement inférieur à son aîné.
Synopsis
Accusé d’être responsable de la mort d’un de ses
partenaires, l’ancien agent spécial Machete est sur le point d’être pendu,
lorsqu’un appel du Président des Etats-Unis le sauve. Le président Rathcock
explique à Machete qu’il a besoin de lui pour arrêter Mendez, le dangereux chef
d’un puissant cartel de la drogue qui se terre au Mexique et a un missile
nucléaire directement pointé sur Washington. Parvenant à retrouver Mendez et à
le ramener sur le sol américain alors que leurs têtes sont mises à prix et que
de nombreux tueurs, dont un mystérieux Caméléon, sont à leurs trousses, Machete
réalise bientôt que Mendez n’est qu’une marionnette dans une conspiration bien
plus vaste, orchestrée par l’organisation d’un marchand de mort milliardaire,
Luther Voz…
Une
histoire sympathique mais répétitive
Inutile de dire que l’histoire est débile ou que le
scénario écrit par Kyle Ward est trop simple et n’a pratiquement aucun enjeu
crédible, ce sont ces éléments qui font justement le charme de ce Machete Kills, comme ils l’avaient déjà
fait pour le premier volet. Rodriguez
ressort les mêmes ingrédients et les assaisonnent avec une sauce quasiment
identique, ce qui fonctionne toujours bien. Machete se retrouve ainsi, du
moins dans la première moitié du film, dans des situations inextricables pour
un homme normal, devant à nouveau affronter des armées entières de soldats, de
ripoux et autres tueurs déterminés à lui barrer la route, et il n’hésite pas,
pour s’en défaire, à utiliser des armes toujours plus grosses et délirantes. La
violence est parfois poussée à son paroxysme, le sang gicle souvent à gros
bouillons, l’humour des scènes d’action est généralement noir. Machete semble plus badass que jamais, et certaines des mises à mort de ses ennemis sont
particulièrement timbrées et rivalisent d’ingéniosité avec celles du premier
film – pour n’en citer qu’une, Machete étripe son opposant et balance ses
intestins dans les pales d’un hélicoptère tournant à toute vitesse. Les
spectateurs qui avaient apprécié Machete seront
également heureux de retrouver quelques têtes connues, comme Sartana ou la surprenante
Shé. Le film est par ailleurs très
référentiel, multipliant les clins d’œil à des films dont Rodriguez est
fan, comme par exemple Star Wars. Et,
tout comme dans Machete, Rodriguez
donne à son film un sous-texte qui n’a pas forcément sa place mais prête
toujours à l’amusement : après l’immigration illégale, c’est ici le
système américain, symbolisé par le président Rathcock, qui en prend plein la
gueule.
Cependant, reprendre
ce qui a fait le succès du précédent film jusque dans le scénario a un prix,
celui de l’originalité. La force de Machete
tenait pour beaucoup dans la progression de son personnage principal, qui
montrait ses limites vers la fin et ne pouvait pas réussir sa mission sans
l’aide de ses camarades d’arme, malgré sa condition de surhomme apparemment
invincible qui est aussi montrée ici à travers quelques scènes amusantes. Si
l’histoire n’est pas la même et que les méchants auxquels Machete est confronté
ont des motivations différentes, Rodriguez
et Ward ne s’ennuient pas et reprennent exactement la même construction pour la
structure scénaristique : Machete est accusé à tort d’un crime qu’il
n’a pas commis, il parvient à s’en sortir, s’engage dans une mission suicide et
en sort vivant, pour se rendre compte que ses ennuis ne sont pas terminés, et
qu’il va finalement avoir besoin d’aide pour se débarrasser de son adversaire.
Inutile donc de dire que, pour ceux qui
ont vu et apprécié le film original, les situations deviennent vite
répétitives, voire même prévisibles et ridicules, et la joie de retrouver le
personnage et son univers barré laisse peu à peu place à un ennui qui ne fait
que s’amplifier jusqu’à la fin, à l’exception de quelques scènes bien
pensées. Si quelques séquences sont vraiment drôles et provoquent un rire
franc, le spectateur passe le plus clair de son temps à sourire, voire à rester
indifférent, et même ceux qui adhèrent complètement à l’humour noir et décalé
du réalisateur risquent de ne pas y trouver leur compte.
Un
casting surchargé et inégal
Rodriguez répète également une erreur qu’il avait
déjà commise avec le premier film. S’il
montre encore sa faculté à créer et faire vivre des personnages hauts en
couleur, il multiplie les intrigues secondaires au risque de ne pas
suffisamment faire apparaître certains de ces personnages ou de les mettre trop
rapidement de côté. C’est par exemple le cas avec Shé, l’amie
révolutionnaire de Machete, toujours interprétée par Michelle Rodriguez. Vu
l’importance du personnage dans le premier film, on était en droit d’attendre
une présence considérable dans cette suite. Il n’en est finalement rien :
Shé apparaît moins de 45 minutes avant la fin, et si elle ne quitte alors plus
l’écran, elle se contente de faire tout ce qu’elle a déjà fait dans Machete sans aucune autre forme de
développement, rendant les retrouvailles avec elle un peu amères.
Les personnages et les acteurs qui les interprètent
sont très inégaux. Si Sofia Vergara parvient à rendre son protagoniste
intriguant au début, il devient vite agaçant par la suite, voire même carrément
grotesques dans ses moments censés être les meilleurs : la scène du bonnet
D pour ne citer qu’elle, bien que complètement assumée, est franchement ridicule
et inutilement bruyante. La meilleure idée côté personnages est aussi la plus
paradoxale, et elle concerne le Caméléon, tueur impitoyable qui en a après
Machete et Mendez. Si le personnage est peut-être le plus intéressant de tous
avec ses identités successives, Rodriguez confie le rôle à quatre excellents
acteurs dont la présence à l’écran tient plus du caméo que du vrai second
rôle : Lady Gaga, qui s’en sort honorablement, et Cuba Gooding Jr.
apparaissent quinze minutes grand max, Antonio Banderas et Walton Goggins n’ont
pour leur part pas plus de dix minutes. C’est court, trop court, et il aurait
peut-être été plus judicieux de donner seulement deux identités au Caméléon et
plus de présence aux interprètes qui l’incarnent. Amber Heard et Alexa Vega apportent
pour leur part une vraie touche sensuelle, comme le faisait de manière plus ou
moins réussie Lindsay Lohan dans le premier film. A l’instar de cette dernière,
leurs personnages sont des clichés sur pattes, sauf que, là où ces clichés
étaient parfaitement assumés et participaient à l’hilarité dans le Machete, ils finissent rapidement par
lasser et ne plus amuser ici.
Presque
paradoxalement, le salut de ce côté arrive à travers les deux méchants du film. Demian Bichir
s’en donne à cœur joie dans la peau de Mendez, un personnage beaucoup plus
intéressant qu’il n’y paraît de prime abord du fait de son dédoublement de
personnalité qui le rend imprévisible et attachant. Son rire si particulier et
ses mimiques font souvent mouche. Quant
à Mel Gibson, qui incarne l’excentrique et dérangé Luther Voz, on serait bien
tenté de dire qu’il sauve le spectateur d’un ennui complet dans la deuxième
partie du film. Assumant complètement son côté grotesque, notamment dans
son costume muni d’une cape à la fin, l’acteur s’amuse comme un fou, chose
qu’il n’avait pas faite depuis longtemps, et démontre une nouvelle fois son
talent à pouvoir jouer n’importe qui. Son enthousiasme est réellement
communicatif. On pourrait aussi mentionner dans ce paragraphe Charlie Sheen, ou
plutôt Carlos Estevez, qui, s’il apparaît trop peu lui aussi, donne vie à un
président complètement loufoque qui ne manque pas d’avoir une réplique drôle
chaque fois qu’il est présent.
Conclusion
Machete Kills. Réalisé par Robert Rodriguez. Ecrit par Kyle Ward. Produit par Robert Rodriguez, Rick Schwartz, Sergei Bespalov, Alexander Rodnyansky, Aaron Kaufman et Iliana Nikolic. Avec Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Demian Bichir, Mel Gibson, Carlos Estevez, Walton Goggins, Cuba Gooding Jr., Antonio Banderas, Lady Gaga, Amber Heard, Sofia Vergara, Alexa Vega, William Sadler et Jessica Alba. Distribué en France par Wild Bunch Distribution. Distribué à l'étranger par Open Road Films. 108 minutes.
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