vendredi 4 octobre 2013

Players



Strass, paillettes et ennui au Costa Rica

Note : 12/20
92 minutes








On avait laissé Brad Furman il y a un peu plus de deux ans et demi après son thriller juridique de qualité La Défense Lincoln, film au casting alléchant qui avait été salué par la critique et avait rencontré un succès honorable au box office mondial, tout en permettant à sa star principale, Matthew McConaughey, d’amorcer sa mue à Hollywood et de libérer (enfin !) tout son potentiel. Le réalisateur revient aujourd’hui avec un autre projet qui semble prometteur sur le papier, soutenu par des acteurs de renom et coproduit par Leonardo DiCaprio en personne. Hélas, autant le dire tout de suite, le film n’est pas à la hauteur de ses ambitions, et n’a ni la classe ni le panache de Lincoln.


Synopsis

Richie Furst est l’un des plus brillants étudiants en finance de l’université américaine de Princeton. Seulement voilà, contrairement à ses amis qui peuvent compter sur le soutien de leurs riches parents, Richie doit se débrouiller tout seul pour payer les lourds frais d’inscription, et il n’a rien trouvé de mieux pour le faire que de jouer au poker en ligne. Lorsque son directeur le menace de le renvoyer s’il n’arrête pas, Richie tente le tout pour le tout et joue toutes ses économies, mais perd alors qu’il semblait être sur le point de gagner. Persuadé d’avoir été victime d’une tricherie, Richie s’envole pour le Costa Rica et retrouve Ivan Block, le créateur du site. Impressionné, Block propose à Richie de travailler avec lui. Utilisant toutes ses capacités, Richie fait progresser le business et devient vite le favori de Block, ce qui lui vaut gloire, richesse et reconnaissance. Lorsque un agent du FBI, Shavers, le met en garde contre Block et lui demande de l’aider à le faire tomber pour fraude et corruption, Richie l’ignore. Mais, peu à peu, il réalise que Shavers pourrait dire vrai, et que l’homme d’affaires qui lui tient lieu de patron semble prêt à tout pour satisfaire ses ambitions démesurées…

De bonnes idées de base mais une intrigue beaucoup trop classique

Le scénario écrit par le duo Brian Koppelman/David Levien n’est certainement pas le meilleur qu’ils aient pu écrire, mais il a au moins le mérite de plonger le spectateur dans un univers encore peu abordé sur grand écran. Rares, en effet, sont les films à s’inscrire dans le monde des jeux en ligne et des sommes colossales qu’ils peuvent rapporter. A travers les personnages de Richie et Ivan Block est développée en filigrane une interprétation intéressante d’un rêve américain qui n’est plus celui d’autrefois : comme Richie, ce qui compte pour les jeunes d’aujourd’hui n’est plus vraiment d’accéder à la gloire et la richesse, valeurs passant désormais avant toutes les autres pour beaucoup d’entre eux, mais c’est de parvenir à les atteindre le plus vite possible, poussée par une société qui semble maintenant d’avoir d’yeux que pour ceux qui sont dans la lumière et rejetant les autres.

Hélas, ces bonnes idées ne sont pas développées au delà de la première demi-heure du film, l’histoire retombant très vite dans quelque chose de beaucoup plus classique, voire carrément banale. Qui plus est, l’intrigue du petit génie qui impressionne l’homme d’affaires richissime et devient son protégé avant de se rendre compte qu’il cache une grosse part d’ombre et pourrait bien en faire les frais personnellement a déjà été vue à de nombreuses reprises, y compris au cours des dernières années (Las Vegas 21, anyone ?). En résulte une prévisibilité qui ne laisse guère de place à la surprise, dont le film manque cruellement par ailleurs. Dès l’instant où l’agent Shavers demande de l’aide à Richie pour coincer Block, le spectateur devine facilement que la relation entre l’étudiant de Princeton et l’homme d’affaires va devenir plus tendue et que Richie va devoir faire travailler sa tête pour se dépêtrer d’une situation de plus en plus dangereuse. La deuxième partie du film est d’une banalité tellement confondante que la fin ne surprend guère. Par dessus tout, le film se prend beaucoup trop au sérieux : l’humour est très peu présent, et bien rares sont les moments où il fonctionne.

Un rythme très inégal

Le rythme est également à blâmer dans l’ennui sporadique que ressent le spectateur une fois le point tournant de l’intrigue dépassé. D’ordinaire, un scénario efficace construit son histoire de telle sorte que le spectateur soit de plus en plus captivé et fasciné et veuille à tout prix savoir comment tout cela va se terminer, jusqu’à l’explosion finale que devrait être tout bon climax. Paradoxalement, c’est ici l’inverse qui se produit : si le film démarre bien et que le début intrigue réellement le public, plus l’histoire avance, plus le rythme semble s’essouffler alors qu’il devrait logiquement s’accélérer. Aucun détail, aucun élément ne vient apporter suffisamment de dynamisme pour relancer l’intérêt, et le film s’enlise dans la mollesse alors même qu’il approche de la fin.

Un problème de rythme peut parfois être résolu grâce à une brillante mise en scène. Malheureusement, là aussi ça pèche. Si la réalisation de La Défense Lincoln, tout en étant assez stylée, restait sobre et servait parfaitement son propos, Brad Furman est ici bien moins inspiré, sa mise en scène étant très académique, trop sage, inutilement clinquante, allant même parfois jusqu’à être légèrement confuse. Le niveau est un petit peu rehaussé par la bande-originale de Christophe Beck, adaptant correctement ses mélodies aux situations, mais ayant lui aussi déjà fait mieux par le passé. Reste que la réalisation parvient à magnifier les paysages dans lesquels le film a été tourné et offre une ambiance agréable, et que certains décors en jettent pas mal (la maison d’Ivan Block notamment).

Sauvé par le casting

Le film a au moins un atout indéniable sur lequel il peut compter : ses acteurs. Ou du moins, deux d’entre eux. Dans la peau de Richie, Justin Timberlake parvient à rendre son personnage intéressant et attachant, notamment grâce à la sous-intrigue avec son père. Après avoir progressé à Hollywood durant ces quelques dernières années, Timberlake confirme qu’il est désormais un acteur à prendre au sérieux, voire qu’il est peut-être même devenu meilleur dans ce domaine que dans la musique. Ben Affleck, pour sa part, dégage un vrai charisme et arrive à faire ressentir toute la crainte suscitée par son personnage, qu’il parvient à dissimuler au début sous des airs plus avenants. S’il n’est pas aussi bon que les deux derniers films qu’il a lui-même réalisés (The Town et Argo, tous deux excellents), il continue de montrer avec ce rôle que les années Daredevil sont loin derrière lui.

C’est triste à dire, mais c’est bien Gemma Arterton qui est ici le maillon faible du trio principal. Si la talentueuse actrice britannique apporte tout son charme et sa sensualité à cette femme convoitée par tous, le problème vient du personnage lui-même qui, n’ayons pas peur des mots, ne sert proprement à rien. Rebbeca pourrait tout aussi bien être absente de cette histoire que cela n’aurait pas vraiment d’impact majeur sur le déroulement de l’intrigue. Quant à Anthony Mackie, également à l’affiche en ce moment du sympathique No Pain No Gain de Michael Bay, sa performance relève presque du caméo tant son personnage a peu de temps de présence à l’écran, même s’il est le seul à avoir des répliques drôles.

Conclusion

Pour son troisième film, Brad Furman livre donc un jeu de manipulation assez fade et ennuyeux dans sa deuxième partie, un thriller en tous points inférieurs à sa précédente œuvre, qui ne vaut que par l’interprétation de ses deux acteurs principaux, ses bonnes idées de départ insuffisamment exploitées par la suite, son ambiance exotique et ses beaux paysages. La faute à une intrigue peu originale et une structure très convenue déjà vue auparavant. Divertissant mais bien loin d’être indispensable, Players est un film moyen, à aller voir s’il n’y a pas grand-chose d’autre en salles. Soyons honnêtes, ce n’est pas le cas en ce moment.



Players (Runner Runner). Réalisé par Brad Furman. Ecrit par Brian Koppelman et David Levien. Produit par Leonardo DiCaprio, Brian Koppelman, David Levien, Stacy Sher, Michael Shamberg. Avec Justin Timberlake, Ben Affleck, Gemma Arterton et Anthony Mackie. Distribué en France par Twentieth Century Fox France. Distribué à l’étranger par Twentieth Century Fox.


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