
Strass, paillettes et ennui au Costa Rica
Note : 12/20
92 minutes
On avait laissé Brad Furman il y a un peu plus de
deux ans et demi après son thriller juridique de qualité La Défense Lincoln, film au casting alléchant qui avait été salué
par la critique et avait rencontré un succès honorable au box office mondial,
tout en permettant à sa star principale, Matthew McConaughey, d’amorcer sa mue
à Hollywood et de libérer (enfin !) tout son potentiel. Le réalisateur
revient aujourd’hui avec un autre projet
qui semble prometteur sur le papier, soutenu par des acteurs de renom et
coproduit par Leonardo DiCaprio en personne. Hélas, autant le dire tout de
suite, le film n’est pas à la hauteur de
ses ambitions, et n’a ni la classe ni le panache de Lincoln.
Synopsis
Richie Furst est l’un des plus brillants étudiants en
finance de l’université américaine de Princeton. Seulement voilà, contrairement
à ses amis qui peuvent compter sur le soutien de leurs riches parents, Richie
doit se débrouiller tout seul pour payer les lourds frais d’inscription, et il
n’a rien trouvé de mieux pour le faire que de jouer au poker en ligne. Lorsque
son directeur le menace de le renvoyer s’il n’arrête pas, Richie tente le tout
pour le tout et joue toutes ses économies, mais perd alors qu’il semblait être
sur le point de gagner. Persuadé d’avoir été victime d’une tricherie, Richie
s’envole pour le Costa Rica et retrouve Ivan Block, le créateur du site.
Impressionné, Block propose à Richie de travailler avec lui. Utilisant toutes
ses capacités, Richie fait progresser le business et devient vite le favori de
Block, ce qui lui vaut gloire, richesse et reconnaissance. Lorsque un agent du
FBI, Shavers, le met en garde contre Block et lui demande de l’aider à le faire
tomber pour fraude et corruption, Richie l’ignore. Mais, peu à peu, il réalise
que Shavers pourrait dire vrai, et que l’homme d’affaires qui lui tient lieu de
patron semble prêt à tout pour satisfaire ses ambitions démesurées…
De
bonnes idées de base mais une intrigue beaucoup trop classique
Le scénario
écrit par le duo Brian Koppelman/David Levien n’est certainement pas le
meilleur qu’ils aient pu écrire, mais il a au moins le mérite de plonger le
spectateur dans un univers encore peu abordé sur grand écran. Rares, en effet, sont les films à s’inscrire dans
le monde des jeux en ligne et des sommes colossales qu’ils peuvent rapporter. A
travers les personnages de Richie et Ivan Block est développée en filigrane une interprétation intéressante d’un rêve
américain qui n’est plus celui d’autrefois : comme Richie, ce qui
compte pour les jeunes d’aujourd’hui n’est plus vraiment d’accéder à la gloire
et la richesse, valeurs passant désormais avant toutes les autres pour beaucoup
d’entre eux, mais c’est de parvenir à les atteindre le plus vite possible,
poussée par une société qui semble maintenant d’avoir d’yeux que pour ceux qui sont
dans la lumière et rejetant les autres.
Hélas, ces bonnes idées ne sont pas développées au delà de la première demi-heure du film, l’histoire retombant très vite dans quelque chose de beaucoup plus classique, voire carrément banale. Qui plus est, l’intrigue du petit génie qui impressionne l’homme d’affaires richissime et devient son protégé avant de se rendre compte qu’il cache une grosse part d’ombre et pourrait bien en faire les frais personnellement a déjà été vue à de nombreuses reprises, y compris au cours des dernières années (Las Vegas 21, anyone ?). En résulte une prévisibilité qui ne laisse guère de place à la surprise, dont le film manque cruellement par ailleurs. Dès l’instant où l’agent Shavers demande de l’aide à Richie pour coincer Block, le spectateur devine facilement que la relation entre l’étudiant de Princeton et l’homme d’affaires va devenir plus tendue et que Richie va devoir faire travailler sa tête pour se dépêtrer d’une situation de plus en plus dangereuse. La deuxième partie du film est d’une banalité tellement confondante que la fin ne surprend guère. Par dessus tout, le film se prend beaucoup trop au sérieux : l’humour est très peu présent, et bien rares sont les moments où il fonctionne.
Un
rythme très inégal
Le rythme
est également à blâmer dans l’ennui sporadique que ressent le spectateur une fois le point tournant de l’intrigue dépassé.
D’ordinaire, un scénario efficace construit son histoire de telle sorte que le
spectateur soit de plus en plus captivé et fasciné et veuille à tout prix
savoir comment tout cela va se terminer, jusqu’à l’explosion finale que devrait
être tout bon climax. Paradoxalement, c’est ici l’inverse qui se produit :
si le film démarre bien et que le début
intrigue réellement le public, plus l’histoire avance, plus le rythme semble
s’essouffler alors qu’il devrait logiquement s’accélérer. Aucun détail,
aucun élément ne vient apporter suffisamment de dynamisme pour relancer
l’intérêt, et le film s’enlise dans la mollesse alors même qu’il approche de la
fin.
Un problème de rythme peut parfois être résolu grâce
à une brillante mise en scène. Malheureusement, là aussi ça pèche. Si la
réalisation de La Défense Lincoln,
tout en étant assez stylée, restait sobre et servait parfaitement son propos,
Brad Furman est ici bien moins inspiré, sa
mise en scène étant très académique, trop sage, inutilement clinquante, allant
même parfois jusqu’à être légèrement confuse. Le niveau est un petit peu
rehaussé par la bande-originale de Christophe Beck, adaptant correctement ses
mélodies aux situations, mais ayant lui aussi déjà fait mieux par le passé.
Reste que la réalisation parvient à
magnifier les paysages dans lesquels le film a été tourné et offre une ambiance
agréable, et que certains décors en jettent pas mal (la maison d’Ivan Block
notamment).
Sauvé
par le casting
Le film a au moins un atout indéniable sur lequel il
peut compter : ses acteurs. Ou du moins, deux d’entre eux. Dans la peau de
Richie, Justin Timberlake parvient à rendre son personnage intéressant et attachant,
notamment grâce à la sous-intrigue avec son père. Après avoir progressé à
Hollywood durant ces quelques dernières années, Timberlake confirme qu’il est désormais un acteur à prendre au sérieux,
voire qu’il est peut-être même devenu meilleur dans ce domaine que dans la
musique. Ben Affleck, pour sa part,
dégage un vrai charisme et arrive à faire ressentir toute la crainte suscitée
par son personnage, qu’il parvient à dissimuler au début sous des airs plus
avenants. S’il n’est pas aussi bon que les deux derniers films qu’il a lui-même
réalisés (The Town et Argo, tous deux excellents), il continue
de montrer avec ce rôle que les années Daredevil sont loin derrière lui.
C’est triste à dire, mais c’est bien Gemma Arterton qui est ici le maillon faible du trio
principal. Si la talentueuse actrice britannique apporte tout son charme et
sa sensualité à cette femme convoitée par tous, le problème vient du personnage lui-même qui, n’ayons pas peur des
mots, ne sert proprement à rien. Rebbeca pourrait tout aussi bien être
absente de cette histoire que cela n’aurait pas vraiment d’impact majeur sur le
déroulement de l’intrigue. Quant à Anthony
Mackie, également à l’affiche en ce moment du sympathique No Pain No Gain de Michael Bay, sa performance relève presque du caméo
tant son personnage a peu de temps de présence à l’écran, même s’il est le seul
à avoir des répliques drôles.
Conclusion
Pour son troisième film, Brad Furman livre donc un
jeu de manipulation assez fade et ennuyeux dans sa deuxième partie, un thriller
en tous points inférieurs à sa précédente œuvre, qui ne vaut que par
l’interprétation de ses deux acteurs principaux, ses bonnes idées de départ
insuffisamment exploitées par la suite, son ambiance exotique et ses beaux
paysages. La faute à une intrigue peu originale et une structure très convenue
déjà vue auparavant. Divertissant mais bien loin d’être indispensable, Players
est un film moyen, à aller voir s’il n’y a pas grand-chose d’autre en
salles. Soyons honnêtes, ce n’est pas le cas en ce moment.
Players
(Runner Runner). Réalisé par Brad
Furman. Ecrit par Brian Koppelman et David Levien. Produit par Leonardo
DiCaprio, Brian Koppelman, David Levien, Stacy Sher, Michael Shamberg. Avec
Justin Timberlake, Ben Affleck, Gemma Arterton et Anthony Mackie. Distribué en
France par Twentieth Century Fox France. Distribué à l’étranger par Twentieth Century
Fox.
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