Denzel et Mark s'en vont en guerre
Note : 15/20
109 minutes
Denzel Washington. Mark Wahlberg. Deux noms qui,
aujourd’hui, n’ont plus rien à prouver ou presque à Hollywood et sont connus
dans le monde entier. Deux noms qui peuvent porter sur leurs épaules massives
n’importe quel projet avec l’assurance que ce dernier soit un succès, ou du
moins ne devienne pas un échec cuisant. Et pourtant, ces deux acteurs majeurs
du cinéma américain contemporain n’avaient encore jamais travaillé ensemble
auparavant. Voilà qu’ils se retrouvent face-à-face, ou plutôt ensemble, dans 2 Guns, nouveau film américain du
scénariste-réalisateur-producteur islandais Baltasar Kormakur qui assoit encore
un peu plus sa popularité à Hollywood et revient en force après le succès de Contrebande, thriller dans lequel jouait
déjà Wahlberg en 2012.
Robert « Bobby » Trench et Michael
« Stig » Stigman sont deux amis qui, lorsque le film s’ouvre,
s’apprêtent à braquer une banque censée contenir l’argent d’un gros réseau de
drogue. Ce qu’ils ne savent pas, et que le spectateur va savoir avant eux,
c’est qu’ils appartiennent tous les deux à des agences gouvernementales et ont
pour mission de démanteler ce vaste trafic de drogue tout en faisant plonger
l’autre. Bobby est en effet un agent de la DEA, Stig est un officier de la
Navy, et tous les deux sont infiltrés. Personne, à part leurs supérieurs
respectifs, n’a connaissance de leur véritable activité et de leur but. Lorsque
le casse ne se déroule pas exactement comme prévu et qu’un élément inattendu
vient perturber leur mission, Bobby et Stig apprennent qui ils sont vraiment et
sont lâchés par leurs hiérarchies. Poursuivis par la CIA, l’armée et le cartel
de la drogue qu’ils devaient faire exploser, les deux hommes vont devoir
apprendre à coopérer et à se faire confiance s’ils veulent s’en sortir vivants.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le
spectateur sait à quoi s’attendre lorsqu’il rentre dans la salle pour aller
voir le film. 2 Guns annonce d’entrée
de jeu la couleur avec sa séquence d’ouverture : assis à la table du restaurant
situé face à la banque, Stig passe commande et demande par téléphone à Bobby,
en train de repérer l’enceinte et les caméras du bâtiment financier, ce qu’il
souhaiterait, tout en demandant autre chose que ce qu’il demande à la jolie
serveuse à qui il fait du charme. Lorsque Bobby arrive et s’installe face à
lui, il commande autre chose alors que Stig continue de faire ses petites
blagues qui ne laissent pas la serveuse insensible. Devant partir pour une
raison que nous tairons ici, Stig demande à Bobby de laisser un pourboire à la
pauvre serveuse qui risque bien de perdre son emploi, mais dès qu’il a le dos
tourné, Bobby reprend sans vergogne son argent.
Inutile d’en dire plus pour comprendre que le film est d’abord et avant tout une comédie mettant en scène deux hommes que tout semble opposer et qui, par la force d’évènements sur lesquels ils n’ont aucun contrôle, vont être amenés à travailler ensemble, pour finalement se rapprocher puis devenir amis. Cela vous rappelle quelque chose, et plus précisément un sous-genre de la comédie en particulier ? C’est bien normal, puisque 2 Guns semble clairement être un hommage à peine voilé aux buddy movies qui pullulaient dans les années 1980 et 90. Dès son introduction et jusqu’à sa conclusion, le film enchaîne les phases comiques et autres blagues qui font souvent mouche, au détriment de la tension dramatique qui n’est alors présente qu’en de trop rares occasions. Le pilier de l’œuvre réside d’ailleurs dans l’alchimie de ses deux acteurs principaux, Denzel Washington et Mark Wahlberg formant un irréstitible duo digne de leurs illustres prédécesseurs ; les deux acteurs s’en donnent à cœur et s’amusent comme des petits fous, communiquant sans aucune peine leur enthousiasme à leur audience qui se prend facilement au jeu, mais parvenant également à donner une certaine consistance à ces deux agents pas si transparents qu’il n’y paraît au premier abord. Autour d’eux, le casting secondaire, quoique composé de noms assez connus, n’a pas forcément la même chance : le personnage de Paula Patton n’inspire pas grand-chose, celui joué par Edward James Olmos (mythique interprète de Gaff dans Blade Runner, vu récemment dans la saison 6 de la série Dexter) a déjà été vu auparavant et frôle la caricature à plus d’une reprise. Quant à Bill Paxton, son personnage est trop peu présent à l’écran pour faire naître la crainte qu’il devrait susciter, une déception quand on sait de quoi cet excellent acteur est capable. Seul James Marsden, décidément bien visible ces derniers temps après sa brillante performance de JFK dans Le Majordome, a droit à un personnage taillé pour lui : l’acteur prend plaisir à jouer ce méchant plutôt ambigu, et cela se ressent.
Alors, certes, la comédie prend beaucoup le pas sur
l’action, mais lorsque cette dernière survient, elle est jouissive et laisse le
spectateur avec un franc sourire. La scène finale est un véritable feu
d’artifice, où l’on n’a aucune peine à sentir que les moyens ont été mis pour
donner à la séquence un caractère véritablement épique, même s’il est
regrettable qu’elle soit un peu trop courte. Le meilleur moment lorsque le
rythme s’accélère se trouve plutôt dans la deuxième moitié du film, lorsque
Bobby et Stig doivent, pour une raison particulière, infiltrer une base
militaire très bien gardée. Intense et inspirée, la séquence fait
irrémédiablement penser à certaines des meilleures missions du jeu vidéo GTA. Ces scènes bénéficient en outre
d’une réalisation soignée et stylée : Baltasar Kormakur est à l’aise
lorsqu’il s’agit de filmer l’action, sa mise en scène étant fluide et lisible
durant ces moments. Quant à la musique de Clinton Shorter, elle colle dans
l’ensemble plutôt bien à l’ensemble, même si certains de ses thèmes sont trop
discrets.
Le film n’est cependant pas exempt de défauts, qui
viennent s’ajouter à ce qui a été dit précédemment sur les acteurs. Certes, le
scénario de Blake Masters, lui-même adapté du comic de Steven Grant, part d’une
idée originale, mais cette idée n’est pas exploitée à fond par la suite, le
film retombant vite dans quelque chose de plus conventionnel. Si les
rebondissements sont suffisamment nombreux pour maintenir le rythme et tenir le
public en haleine, le scénario est parfois alambiqué et confus, et n’évite pas
quelques invraisemblances. Enfin, les scènes d’action, quoique réussies,
donnent l’impression d’être expéditives et auraient gagné à être plus
développées. Des points noirs qui ne freinent pas le plaisir éprouvé, mais sont
tout de même bien visibles et se font sentir.
Continuant dans un registre assez similaire à sa
précédente œuvre américaine (son dernier film en date, Survivre, n’ayant pratiquement pas été distribué dans les salles
françaises, très probablement pour une affaire de rentabilité, alors même qu’il
a été salué par les critiques et dans plusieurs festivals), Baltasar Kormakur
fait donc plaisir au grand public en livrant un film qui ne se prend pas au
sérieux, au scénario drôle et rythmé pas si idiot que ça, une œuvre qui, malgré
ses failles inhérentes, semble être la définition même du mot
« fun ». Emmené par deux acteurs de talent qui s’amusent et nous font
plaisir par la même occasion, 2 Guns est
un divertissement sans prétention, juste là pour faire passer un bon moment à
celui qui le regarde, ce qu’il parvient à faire sans peine. Cahier des charges
rempli.
2 Guns. Réalisé par Baltasar Kormakur. Ecrit par Blake
Masters, d’après le roman graphique de Steven Grant. Produit par Marc Platt.
Avec Denzel Washington, Mark Wahlberg, Paula Patton, James Marsden, Edward
James Olmos, Bill Paxton, Fred Ward et Robert John Burke. Distribué en France
par Sony Pictures Releasing France. Distribué à l’étranger par Universal
Pictures.

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