jeudi 30 juillet 2015

Les dossiers secrets du Vatican

 La fille faussement possédée

Note : 5/20


Un film d’exorcisme qui rate complètement le coche, très mal exécuté malgré les talents en présence, jamais effrayant, se basant sur une idée assez intéressante mais particulièrement mal exploitée





Considéré par beaucoup comme le pionnier du film d’exorcisme, L’exorciste de William Friedkin, sorti fin 1973 aux États-Unis, traumatisa toute une génération de spectateurs et fut le premier long-métrage d’horreur à être nominé pour l’Oscar du meilleur film. Si les critiques de l’époque furent mitigées, le film a depuis acquis la réputation d’authentique chef-d’œuvre et a donné lieu à deux suites ainsi qu’à un préquel. Il a également ouvert la porte à plusieurs films similaires qui ont tenté de l’imiter mais ne l’ont jamais égalé. Si ce sous-genre de l’horreur s’est quelque peu essoufflé au cours des années 1990, il a cependant repris vigueur en 2005 avec le très bon L’Exorcisme d’Emily Rose de Scott Derrickson. Il suffit de voir le nombre de films tournant autour d’un exorcisme et/ou d’un cas de possession depuis cette date pour se convaincre du retour en force de cette sous-catégorie : Dorothy en 2008, Le Dernier rite et Unborn en 2009, Le Dernier exorcisme en 2010, le premier Insidious en 2011, The Devil Inside en 2012 ou encore Délivre-nous du mal, à nouveau réalisé par Derrickson, l’an dernier. Et si la qualité n’a pas été au rendez-vous pour plusieurs de ces films, force est de constater que le public – et les billets verts donc – continue de suivre. C’est aujourd’hui au tour de Mark Neveldine, metteur en scène un peu barré surtout connu pour avoir coréalisé avec son associé Brian Taylor les deux Hyper Tension et la suite de Ghost Rider au cours des dix dernières années, de s’essayer au genre. Hélas pour lui, le constat est sans appel : pour sa première réalisation en solo derrière la caméra, Neveldine accouche d’un film qui n’a strictement rien d’effrayant, n’offre absolument rien d’original et est bien mal écrit, légèrement sauvé par des acteurs plutôt bons et une fin qui montre que l’ensemble, dans de meilleures mains, aurait pu être d’un niveau largement supérieur.

Synopsis

Angela Holmes est une habitante de Los Angeles qui ressemble à n’importe quelle jeune femme de son âge : elle s’apprête à fêter ses 27 ans, aime son petit ami Pete ainsi que son père Roger, et n’aspire qu’à une vie tranquille. Cependant, lorsque son comportement commence à changer et qu’elle provoque plus d’un accident, les médecins n’arrivent pas à déterminer précisément de quoi elle est victime. Roger demande alors de l’aide au père Lozano, rencontré à l’hôpital, qui suspecte peu à peu Angela d’être sous l’emprise d’un mal plus insidieux. Au même moment au Vatican, le pasteur Imani et le cardinal Bruun craignent que les évènements entourant Angela soient les signes avant-coureurs de quelque chose de beaucoup plus sinistre et maléfique…

Les dossiers de l’ennui et de la banalité

Les dossiers secrets du Vatican montre dès sa première image qu’il n’a pas nécessairement l’intention – devrait-on dire l’ambition – de se démarquer des productions similaires sorties au cours des dernières années. Le long-métrage s’ouvre en effet sur une annonce disant que depuis des siècles, le Vatican répertorie tous les cas de possession autour de la planète, mais que dernièrement, un en particulier a attiré son attention. Paradoxalement, la séquence d’ouverture du film est certainement l’un de ses éléments les plus réussis : couplant des images d’archives de différents exorcismes avec d’autres de Jean-Paul II et de l’actuel pape François ainsi que des morceaux d’interviews fictives des personnages de Bruun et Imani, cette introduction dégage un véritable sentiment d’authenticité, voire même de menace. Détail intéressant, contrairement à d’autres films récents s’inscrivant dans la même lignée qui annoncent toujours en grande pompe – probablement à tort plus qu’à raison – qu’ils sont tirés d’évènements réels, ce n’est pas le cas ici, et pourtant, ce début donnerait presque à croire le contraire. Si cette ouverture apparaît donc assez classique, elle laisse néanmoins le spectateur penser qu’il est devant un divertissement parfaitement calibré, à même de lui procurer les sensations qu’il attend en venant regarder un film de ce type.

Hélas, cette supposition ne se matérialise jamais par la suite. Pendant tout le reste du film, ou au moins pendant toute l’heure qui suit cette entrée en matière, le spectateur ne fait qu’attendre qu’il arrive quelque chose plus que n’importe quoi d’autre. Ainsi, durant l’exposition, les personnages d’Angela, Pete et Roger sont présentés rapidement, puis les premiers signes de possession de la jeune femme apparaissent. Comme il est de coutume dans les films d’exorcisme, le démon se manifeste généralement par l’intermédiaire d’un objet ou d’un animal. En l’occurrence, c’est ici un corbeau qui occupe cette fonction, et si la culture populaire veut qu’il s’agisse d’un oiseau de malheur, le spectateur apprend un peu plus tard dans le film qu’il est en fait le messager d’une entité démoniaque bien plus sombre. L’apparition de l’animal coïncide généralement avec les très – trop – rares passages où il se passe quelque chose – et encore, pas grand-chose en fait – durant toute la première heure. Si des films comme L’Exorciste ou L’Exorcisme d’Emily Rose fonctionnaient parfaitement, c’était non seulement parce qu’ils étaient bien écrits, mais aussi, et peut-être surtout, parce que leur histoire était particulièrement bien rythmée. Or, c’est là que réside le plus gros point noir du film : le rythme est anémique, pour ne pas dire carrément inexistant, et il ne se passe réellement rien de dynamique avant la dernière demi-heure. La conséquence de ce problème majeur ne tarde pas à se faire sentir, le spectateur s’ennuyant déjà ferme avant même la fin du premier acte – en somme, avant la trentième minute –, et lorsque le film entre dans sa dernière partie – de loin la plus intéressante –, ce dernier a du mal à avoir encore de l’intérêt pour ce qui se passe à l’écran.

La faute est ici à imputer au scénariste du film, Christopher Borrelli. Certes, il s’agit de son premier projet d’envergure, entendre par là un projet autre qu’un court-métrage ou un film sorti directement en DVD. Mais cela n’excuse pas Borrelli d’avoir écrit un scénario qui ne semble à aucun moment prendre en compte le fait qu’il y ait eu bien d’autres films d’exorcisme et de possession avant lui. Tous les enjeux, toutes les situations, tous les mécanismes et ressorts scénaristiques ont déjà été vus en mieux dans d’autres productions auparavant, et c’est aussi pour cette raison que le spectateur qui a déjà vu ne serait-ce que certains de ces films ne peut pas être surpris. Il suffit de regarder le traitement réservé aux personnages pour se convaincre de ce fait : la jeune femme d’abord vulnérable et apeurée avant d’être rusée et cruelle, le jeune prêtre qui a vu bien des horreurs à la guerre et a décidé par la suite de se tourner vers Dieu, le militaire qui a élevé sa fille dans des conditions particulières et fait tout pour assurer son bonheur… Des caractéristiques et traits de personnalité si souvent utilisés qu’ils en deviennent désormais caricaturaux. Quant aux dialogues, s’ils ne sont pas trop mauvais dans l’ensemble, certains sont d’une déconcertante facilité (à un moment à l’hôpital, Roger dit à sa fille qu’elle ressemble à un ange alors qu’elle est déjà possédée), d’autres semblent carrément se foutre de la gueule du spectateur tellement ils sont ridicules (au début du troisième acte, le cardinal Bruun annonce de manière solennelle au père Lozano que pour trouver la vérité, il faut d’abord être prêt à la découvrir), et certains sont même involontairement comiques (le père Lozano qui demande s’il s’agit d’araméen lorsqu’il entend Angela parler une langue étrange). Qu’un scénario aussi mal écrit et peu original ait pu se retrouver à un moment donné dans la Blacklist, la liste hollywoodienne des scripts les plus prometteurs encore à l’état de projets, relève déjà du mystère. Mais le plus étrange reste le fait que l’histoire qui a donné lieu au scénario ait été coécrite par Borrelli et par Chris Morgan, scénariste désormais confirmé, qui pour sa part a l’habitude des intrigues bien mieux rythmées – les scénarios des cinq derniers épisodes de la franchise Fast and Furious et du film Wanted sorti en 2008, c’est lui.

Sans aucune peur mais avec beaucoup de reproches

Au delà de son histoire inintéressante et de son rythme absent, Les dossiers secrets du Vatican fait également preuve d’un autre très gros problème qui ne tarde lui non plus pas à se manifester. La toute première preuve de la possession d’Angela apparaît assez rapidement, lors de la séquence de son anniversaire ; elle s’ouvre le doigt en voulant couper le gâteau, et ce dernier, montré à l’aide d’un rapide gros plan, semble former un angle inhabituel. Par la suite, dans une scène censée être surprenante, le corbeau brise à toute vitesse une vitre du bus et provoque presque un accident, avant de revenir mordre le doigt d’Angela et de repartir. Beaucoup plus loin dans le film, le père Lozano s’avance seul durant la nuit dans les couloirs de l’asile où a été admise Angela et arrive devant sa chambre où il la voit endormie par la petite fenêtre de la porte, se tourne vers le couloir à cause d’un bruit, puis trouve Angela en train de le regarder d’un œil inquiétant lorsqu’il se retourne. Toutes ces scènes témoignent du même défaut : les jump scares qui émaillent la première heure du film – et qui de surcroît ne sont franchement pas nombreux – sont tellement prévisibles et convenus qu’ils ne font jamais sursauter ni ne provoquent la moindre sensation. Un problème qui en dévoile peu à peu un autre, tout aussi gênant, et qui se manifeste notamment dans les rares scènes où la suspicion du père Lozano vis-à-vis du cas d’Angela grandit : dès le début du film, les auteurs tentent d’instaurer une tension qui monterait et deviendrait de plus en plus pesante à mesure que l’intrigue se déroule, mais cela ne fonctionne à aucun moment et le spectateur ne ressent finalement jamais cette tension.

Arrive alors la dernière partie, le moment où l’exorcisme va être pratiqué – fait intéressant qui cristallise plutôt bien les très nombreux défauts du film, lorsque ce dernier acte commence, personne ne s’est donné la peine de dire à Roger et Pete qu’Angela était certainement possédée, comme si cela allait de soi. Le spectateur, qui a vaillamment patienté jusque-là, a enfin – le mot est faible – le droit à un peu d’action, mais là encore, c’est du déjà vu, revu et corrigé : l’entité qui possède Angela se manifeste, le corps de la jeune femme se contorsionne de manière surnaturelle, le père Lozano et le cardinal Bruun comprennent qu’ils n’ont pas affaire à un petit démon de seconde zone… Ce climax est certes plus dynamique que le reste du film, mais, étant donné qu’aucune tension ne s’en dégage, il n’en reste pas moins bien ennuyeux. Surtout, les nombreuses récitations des deux hommes d’Église et les explications religieuses du cardinal Bruun à propos du démon donnent plus l’impression d’être face à une messe en accéléré qu’à un véritable combat entre serviteurs du Bien et du Mal pour le salut d’une âme innocente. La fin du film révèle cependant une idée intéressante, qui laisse vraiment à penser qu’il aurait pu être largement meilleur si cette idée avait été exploitée d’une manière plus originale, et surtout si le projet avait été confié à des personnes plus expérimentées dans ce registre. Mais c’est lorsque le générique de fin commence à défiler et qu’il est temps de quitter la salle que se ressent vraiment l’autre gros point noir évoqué au début de cette partie : Les dossiers secrets du Vatican ne fait à aucun moment peur ni même n’inspire une quelconque crainte à son spectateur. Un élément particulièrement problématique pour un film qui prétend s’inscrire dans la catégorie Épouvante-horreur.

Flamme démoniaque absente

Si le scénario est en grande partie responsable de cet échec, Mark Neveldine est aussi beaucoup à blâmer. À l’instar de son scénariste, ses choix visuels et esthétiques révèlent son inexpérience dans ce genre, certains étant même carrément inappropriés. En effet, le bonhomme utilise un peu trop souvent la Steadicam ; en résultent des plans qui bougent parfois trop, ce qui donne plus l’impression d’être face à un film d’action qu’autre chose lors de ces séquences. Si d’autres séquences respectent plutôt bien les conventions du genre horrifique d’un point de vue visuel – alternance de gros plans et avec des plans beaucoup plus larges, censés faire monter la pression du spectateur mais durant lesquels il ne se passe hélas rien –, certains scènes sont à la limite du risible et provoquent presque l’effet inverse de celui recherché, comme c’est le cas de celle durant laquelle Angela, sous l’impulsion de l’entité qui la possède, provoque une tuerie dans l’asile. Neveldine ne fait par ailleurs preuve d’aucune audace dans sa réalisation, se contentant souvent de filmer à travers l’œil de caméras de surveillance ou de caméscopes, procédé là encore repris d’autres films du même genre. La mise en scène n’est malheureusement jamais relevée par une bande-originale trop insipide, répétitive et générique malgré le fait qu’elle soit composée par le vétéran du genre Joseph Bishara, auteur, entre autres, des musiques de la franchise Insidious et de The Conjuring.

D’ordinaire, dans ce genre de production à petit budget, les acteurs ne sont pas forcément connus et ne jouent pas toujours très bien. C’est le contraire ici, puisque les acteurs principaux font plutôt du bon boulot mais sont desservis par des personnages peu intéressants. Olivia Taylor Dudley, dont le dernier gros rôle remonte à 2012 dans les Chroniques de Tchernobyl, est étonnamment crédible dans la peau d’Angela Holmes. Dougray Scott, qui était franchement mauvais dans Taken 3 en début d’année, est ici meilleur dans le rôle de Roger Holmes, mais n’a pas grand-chose à faire à part demander où est sa fille à longueur de temps. Djimon Hounsou prouve qu’il est toujours aussi cool et charismatique en prêtant ses traits au pasteur Imani, mais il ne doit apparaître que quinze minutes en tout et pour tout. Acteur probablement très populaire en Suède, Peter Andersson en fait des caisses dans la peau du cardinal Bruun. Quant à Michael Peña, encore excellent dans le Fury de David Ayer à la fin de l’année dernière ou en partenaire comique du héros dans le très récent Ant-Man, il apporte tout son talent et sa conviction au personnage du père Lozano, mais n’était paradoxalement peut-être pas le meilleur choix pour l’interpréter.

Conclusion

Les dossiers secrets du Vatican – mauvaise traduction, pour changer, du titre original The Vatican Tapes – porte hélas bien mal son nom, car, au vu de la qualité globale du film, ces dossiers-là auraient mieux fait de ne jamais être révélés. N’ayant absolument rien d’horrifique, si ce n’est le genre dans lequel il aimerait désespérément s’inscrire mais duquel il ne fait pas partie, le film doit ses trop nombreux défauts à un scénariste peu expérimenté et à un réalisateur qui aurait mieux fait de rester dans l’action, genre qu’il maîtrise beaucoup mieux, pour son premier passage en solo derrière la caméra. Avec des personnages inintéressants, un rythme inexistant et surtout une histoire déjà vue maintes fois auparavant, Les dossiers secrets du Vatican est un film de 91 minutes trop long d’au moins une heure, qui se base néanmoins sur une idée qui aurait pu donner quelque chose d’une qualité bien supérieure. À ranger dans la catégorie des (très) mauvais films d’exorcisme sortis ces dernières années, comme Le Dernier exorcisme, il n’y a plus qu’à espérer que la suite des Dossiers reste pour sa part à jamais secrète.


Les dossiers secrets du Vatican (The Vatican Tapes). Réalisé par Mark Neveldine. Écrit par Christopher Borrelli, d’après une histoire coécrite avec Chris Morgan. Produit par Chris Morgan, Chris Cowles, Gary Lucchesi, Tom Rosenberg et Richard A. Wright. Avec Olivia Taylor Dudley, Michael Peña, Dougray Scott, Djimon Hounsou, Peter Andersson, Kathleen Roberston et John Patrick Amedori. Distribué en France par Metropolitan FilmExport. Distribué à l’étranger par Lionsgate. 91 minutes.


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