
Black Power à la Maison-Blanche
Note : 18/20
130 minutes
Un très beau mélodrame, original et presque essentiel, qui ne volera sans doute pas ses probables nominations à la prochaine cérémonie des Oscars.
Remarquablement écrit par Danny Strong, le scénario, toujours fascinant et ne comportant pratiquement aucune longueur, mêle la petite histoire dans la grande en narrant l'évolution d'un homme ordinaire et de sa famille sur une quarantaine d'années du 20ème siècle aux USA; prenant comme toile de fond la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains et l'évolution de la condition noire aux Etats-Unis, le film se veut intéressant de bout en bout et suscite une empathie authentique pour ses personnages principaux, sans jamais être pompeux ou chercher à instruire de force son spectateur.
Toujours sobre, la mise en scène n'en demeure pas moins efficace, même si elle n'évite pas un certain classicisme par moments. La musique composée par Quincy Jones est à l'image de cette réalisation, élégante et adaptée tout en étant assez discrète; les musiques préexistantes prises pour accompagner certains moments-clés sont généralement bien choisies, retranscrivant de belle manière l'ambiance US des années 50 à 80. Le plus bel atout du film réside incontestablement dans son casting.
Dans la peau de Cecil Gaines, un homme tiraillé entre sa passion pour son travail à la Maison-Blanche et les évènements historiques qui se déroulent sous ses yeux mais auxquels il refuse de prendre part, qu'il joue avec charisme et pudeur, Forest Whitaker est en état de grâce et offre une performance peut-être encore meilleure que celle qu'il avait livrée dans Le dernier roi d'Ecosse, qui devrait logiquement le mettre en très bonne position pour l'Oscar du meilleur acteur. Autour de lui, le casting cinq étoiles (Oprah Winfrey, John Cusack, Cuba Gooding Jr., Lenny Kravitz, Jane Fonda, Liev Schreiber ou encore Alan Rickman) est tout aussi juste et crédible; se démarquant du lot dans la peau du fils aîné de Cecil, David Oyelowo est presque aussi bon que Whitaker et confirme définitivement, après ses rôles dans La planète des singes: les origines, Jack Reacher ou encore Lincoln, qu'il est désormais une valeur sûre à Hollywood.
Sur le plan cinématographique donc, le film n'a, pour ainsi dire, aucun défaut majeur. Un élément pourrait cependant être vu comme une faiblesse, et il est impossible de ne pas le relever. Même si c'est certainement un choix totalement assumé par le scénariste et le réalisateur, le film pourrait facilement être qualifié de communautariste car il n'apporte que peu de nuance dans cette lutte pour l'égalité, hormis à travers quelques personnages phares (notamment Kennedy, dont la présence est trop rapide mais impeccablement interprété ici par le toujours très classe James Marsden) et scènes-clés (le passage du Freedom Bus ou celui du sit-in dans le restaurant). Ce n'est là qu'un défaut mineur qui n'entache en rien la qualité globale de l'oeuvre, mais, à la façon d'un Lincoln, on aurait aimé un film plus en nuance, un peu moins orienté.
Reste que ce militantisme assumé fait sans doute désormais partie de la marque de fabrique de Lee Daniels qui, après le déjà émouvant Precious et le très contesté Paperboy, livre probablement le meilleur film de sa jeune filmographie, une oeuvre humaniste et forte, et s'impose comme l'un des réalisateurs à suivre de près aux USA dans les années à venir. Rendez-vous en février prochain pour voir combien d'Oscars ce Majordome rapportera avec lui sur son plateau. Les paris sont ouverts.
Le Majordome (The Butler). Ecrit et réalisé par Lee Daniels. Ecrit par Danny Strong. Avec Forest Whitaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo, Cuba Gooding Jr., Terrence Howard, Lenny Kravitz, John Cusack, Alan Rickman, Jane Fonda, James Marsden, Liev Schreiber, Robin Williams, Vanessa Redgrave, Alex Pettyfer et Mariah Carey. Distribué en France par Metropolitan FilmExport. Distribué à l'étranger par The Weinstein Company.
Super première critique! Longue vie au blog!
RépondreSupprimerJ'attends ton avis sur Blu Jasmine !
Et moi ton avis sur 'La Ligne Rouge'. Super blog en tout cas.
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