Note : 5/20
Un film
d’exorcisme qui rate complètement le coche, très mal exécuté malgré les talents
en présence, jamais effrayant, se basant sur une idée assez intéressante mais
particulièrement mal exploitée
Considéré par beaucoup comme le pionnier du film
d’exorcisme, L’exorciste de William
Friedkin, sorti fin 1973 aux États-Unis, traumatisa toute une génération de spectateurs
et fut le premier long-métrage d’horreur à être nominé pour l’Oscar du meilleur
film. Si les critiques de l’époque furent mitigées, le film a depuis acquis la
réputation d’authentique chef-d’œuvre et a donné lieu à deux suites ainsi qu’à un
préquel. Il a également ouvert la porte à plusieurs films similaires qui ont
tenté de l’imiter mais ne l’ont jamais égalé. Si ce sous-genre de l’horreur s’est
quelque peu essoufflé au cours des années 1990, il a cependant repris vigueur
en 2005 avec le très bon L’Exorcisme
d’Emily Rose de Scott Derrickson. Il suffit de voir le nombre de films
tournant autour d’un exorcisme et/ou d’un cas de possession depuis cette date
pour se convaincre du retour en force de cette sous-catégorie : Dorothy en 2008, Le Dernier rite et Unborn
en 2009, Le Dernier exorcisme en
2010, le premier Insidious en 2011, The Devil Inside en 2012 ou encore Délivre-nous du mal, à nouveau réalisé
par Derrickson, l’an dernier. Et si la qualité n’a pas été au rendez-vous pour
plusieurs de ces films, force est de constater que le public – et les billets
verts donc – continue de suivre. C’est aujourd’hui au tour de Mark Neveldine,
metteur en scène un peu barré surtout connu pour avoir coréalisé avec son
associé Brian Taylor les deux Hyper
Tension et la suite de Ghost Rider
au cours des dix dernières années, de s’essayer au genre. Hélas pour lui, le
constat est sans appel : pour sa première réalisation en solo derrière la
caméra, Neveldine accouche d’un film qui
n’a strictement rien d’effrayant, n’offre absolument rien d’original et est
bien mal écrit, légèrement sauvé par des acteurs plutôt bons et une fin qui
montre que l’ensemble, dans de meilleures mains, aurait pu être d’un niveau
largement supérieur.
Synopsis
Angela Holmes est une habitante de Los Angeles qui
ressemble à n’importe quelle jeune femme de son âge : elle s’apprête à
fêter ses 27 ans, aime son petit ami Pete ainsi que son père Roger, et n’aspire
qu’à une vie tranquille. Cependant, lorsque son comportement commence à changer
et qu’elle provoque plus d’un accident, les médecins n’arrivent pas à
déterminer précisément de quoi elle est victime. Roger demande alors de l’aide
au père Lozano, rencontré à l’hôpital, qui suspecte peu à peu Angela d’être
sous l’emprise d’un mal plus insidieux. Au même moment au Vatican, le pasteur
Imani et le cardinal Bruun craignent que les évènements entourant Angela soient
les signes avant-coureurs de quelque chose de beaucoup plus sinistre et
maléfique…
Les
dossiers de l’ennui et de la banalité
Les dossiers
secrets du Vatican montre dès sa
première image qu’il n’a pas nécessairement l’intention – devrait-on dire
l’ambition – de se démarquer des productions similaires sorties au cours des
dernières années. Le long-métrage s’ouvre en effet sur une annonce disant que
depuis des siècles, le Vatican répertorie tous les cas de possession autour de
la planète, mais que dernièrement, un en particulier a attiré son attention.
Paradoxalement, la séquence d’ouverture
du film est certainement l’un de ses éléments les plus réussis : couplant
des images d’archives de différents exorcismes avec d’autres de Jean-Paul II et
de l’actuel pape François ainsi que des morceaux d’interviews fictives des
personnages de Bruun et Imani, cette
introduction dégage un véritable sentiment d’authenticité, voire même de menace.
Détail intéressant, contrairement à d’autres films récents s’inscrivant dans la
même lignée qui annoncent toujours en grande pompe – probablement à tort plus
qu’à raison – qu’ils sont tirés d’évènements réels, ce n’est pas le cas ici, et
pourtant, ce début donnerait presque à croire le contraire. Si cette ouverture
apparaît donc assez classique, elle laisse néanmoins le spectateur penser qu’il
est devant un divertissement parfaitement calibré, à même de lui procurer les
sensations qu’il attend en venant regarder un film de ce type.
Hélas, cette supposition ne se matérialise jamais par
la suite. Pendant tout le reste du film, ou au moins pendant toute l’heure qui
suit cette entrée en matière, le
spectateur ne fait qu’attendre qu’il arrive quelque chose plus que n’importe
quoi d’autre. Ainsi, durant l’exposition, les personnages d’Angela, Pete et
Roger sont présentés rapidement, puis les premiers signes de possession de la
jeune femme apparaissent. Comme il est de coutume dans les films d’exorcisme,
le démon se manifeste généralement par l’intermédiaire d’un objet ou d’un
animal. En l’occurrence, c’est ici un corbeau qui occupe cette fonction, et si
la culture populaire veut qu’il s’agisse d’un oiseau de malheur, le spectateur
apprend un peu plus tard dans le film qu’il est en fait le messager d’une entité
démoniaque bien plus sombre. L’apparition
de l’animal coïncide généralement avec les très – trop – rares passages où il
se passe quelque chose – et encore, pas grand-chose en fait – durant toute
la première heure. Si des films comme L’Exorciste
ou L’Exorcisme d’Emily Rose
fonctionnaient parfaitement, c’était non seulement parce qu’ils étaient bien
écrits, mais aussi, et peut-être surtout, parce que leur histoire était
particulièrement bien rythmée. Or, c’est là que réside le plus gros point noir du film : le rythme est anémique, pour ne
pas dire carrément inexistant, et il ne se passe réellement rien de
dynamique avant la dernière demi-heure. La conséquence de ce problème majeur ne
tarde pas à se faire sentir, le
spectateur s’ennuyant déjà ferme avant même la fin du premier acte – en somme,
avant la trentième minute –, et lorsque le film entre dans sa dernière partie –
de loin la plus intéressante –, ce dernier a du mal à avoir encore de l’intérêt
pour ce qui se passe à l’écran.
La faute est ici à imputer au scénariste du film,
Christopher Borrelli. Certes, il s’agit de son premier projet d’envergure,
entendre par là un projet autre qu’un court-métrage ou un film sorti
directement en DVD. Mais cela n’excuse pas Borrelli d’avoir écrit un scénario qui ne semble à aucun moment
prendre en compte le fait qu’il y ait eu bien d’autres films d’exorcisme et de
possession avant lui. Tous les enjeux, toutes les situations, tous les
mécanismes et ressorts scénaristiques ont déjà été vus en mieux dans d’autres
productions auparavant, et c’est aussi pour cette raison que le spectateur qui
a déjà vu ne serait-ce que certains de ces films ne peut pas être surpris. Il
suffit de regarder le traitement réservé aux personnages pour se convaincre de
ce fait : la jeune femme d’abord vulnérable et apeurée avant d’être rusée
et cruelle, le jeune prêtre qui a vu bien des horreurs à la guerre et a décidé
par la suite de se tourner vers Dieu, le militaire qui a élevé sa fille dans
des conditions particulières et fait tout pour assurer son bonheur… Des caractéristiques et traits de
personnalité si souvent utilisés qu’ils en deviennent désormais caricaturaux.
Quant aux dialogues, s’ils ne sont pas trop mauvais dans l’ensemble, certains sont
d’une déconcertante facilité (à un moment à l’hôpital, Roger dit à sa fille
qu’elle ressemble à un ange alors qu’elle est déjà possédée), d’autres semblent
carrément se foutre de la gueule du spectateur tellement ils sont ridicules (au
début du troisième acte, le cardinal Bruun annonce de manière solennelle au
père Lozano que pour trouver la vérité, il faut d’abord être prêt à la
découvrir), et certains sont même involontairement comiques (le père Lozano qui
demande s’il s’agit d’araméen lorsqu’il entend Angela parler une langue
étrange). Qu’un scénario aussi mal écrit et peu original ait pu se retrouver à
un moment donné dans la Blacklist, la liste hollywoodienne des scripts les plus
prometteurs encore à l’état de projets, relève déjà du mystère. Mais le plus
étrange reste le fait que l’histoire qui a donné lieu au scénario ait été
coécrite par Borrelli et par Chris
Morgan, scénariste désormais confirmé, qui pour sa part a l’habitude des intrigues
bien mieux rythmées – les scénarios des cinq derniers épisodes de la
franchise Fast and Furious et du film
Wanted sorti en 2008, c’est lui.
Sans
aucune peur mais avec beaucoup de reproches
Au delà de son histoire inintéressante et de son
rythme absent, Les dossiers secrets du
Vatican fait également preuve d’un
autre très gros problème qui ne tarde lui non plus pas à se manifester. La
toute première preuve de la possession d’Angela apparaît assez rapidement, lors
de la séquence de son anniversaire ; elle s’ouvre le doigt en voulant
couper le gâteau, et ce dernier, montré à l’aide d’un rapide gros plan, semble
former un angle inhabituel. Par la suite, dans une scène censée être
surprenante, le corbeau brise à toute vitesse une vitre du bus et provoque
presque un accident, avant de revenir mordre le doigt d’Angela et de repartir.
Beaucoup plus loin dans le film, le père Lozano s’avance seul durant la nuit
dans les couloirs de l’asile où a été admise Angela et arrive devant sa chambre
où il la voit endormie par la petite fenêtre de la porte, se tourne vers le
couloir à cause d’un bruit, puis trouve Angela en train de le regarder d’un œil
inquiétant lorsqu’il se retourne. Toutes ces scènes témoignent du même
défaut : les jump scares qui émaillent la première heure du film – et qui de
surcroît ne sont franchement pas nombreux – sont tellement prévisibles et convenus qu’ils ne font jamais sursauter
ni ne provoquent la moindre sensation. Un problème qui en dévoile peu à peu
un autre, tout aussi gênant, et qui se manifeste notamment dans les rares
scènes où la suspicion du père Lozano vis-à-vis du cas d’Angela grandit :
dès le début du film, les auteurs tentent d’instaurer une tension qui monterait
et deviendrait de plus en plus pesante à mesure que l’intrigue se déroule, mais
cela ne fonctionne à aucun moment et le
spectateur ne ressent finalement jamais cette tension.
Arrive alors la dernière partie, le moment où
l’exorcisme va être pratiqué – fait intéressant qui cristallise plutôt bien les
très nombreux défauts du film, lorsque ce dernier acte commence, personne ne
s’est donné la peine de dire à Roger et Pete qu’Angela était certainement
possédée, comme si cela allait de soi. Le spectateur, qui a vaillamment
patienté jusque-là, a enfin – le mot est faible – le droit à un peu d’action,
mais là encore, c’est du déjà vu, revu et corrigé : l’entité qui possède
Angela se manifeste, le corps de la jeune femme se contorsionne de manière
surnaturelle, le père Lozano et le cardinal Bruun comprennent qu’ils n’ont pas
affaire à un petit démon de seconde zone… Ce
climax est certes plus dynamique que le reste du film, mais, étant donné
qu’aucune tension ne s’en dégage, il n’en reste pas moins bien ennuyeux. Surtout,
les nombreuses récitations des deux hommes d’Église et les explications
religieuses du cardinal Bruun à propos du démon donnent plus l’impression
d’être face à une messe en accéléré qu’à un véritable combat entre serviteurs
du Bien et du Mal pour le salut d’une âme innocente. La fin du film révèle cependant une idée intéressante, qui laisse vraiment
à penser qu’il aurait pu être largement meilleur si cette idée avait été
exploitée d’une manière plus originale, et surtout si le projet avait été
confié à des personnes plus expérimentées dans ce registre. Mais c’est lorsque
le générique de fin commence à défiler et qu’il est temps de quitter la salle que
se ressent vraiment l’autre gros point noir évoqué au début de cette
partie : Les dossiers secrets du Vatican ne fait à aucun moment peur ni même
n’inspire une quelconque crainte à son spectateur. Un élément
particulièrement problématique pour un film qui prétend s’inscrire dans la
catégorie Épouvante-horreur.
Flamme
démoniaque absente
Si le scénario est en grande partie responsable de
cet échec, Mark Neveldine est aussi beaucoup à blâmer. À l’instar de son
scénariste, ses choix visuels et
esthétiques révèlent son inexpérience dans ce genre, certains étant même
carrément inappropriés. En effet, le bonhomme utilise un peu trop souvent
la Steadicam ; en résultent des plans qui bougent parfois trop, ce qui
donne plus l’impression d’être face à un film d’action qu’autre chose lors de
ces séquences. Si d’autres séquences respectent plutôt bien les conventions du
genre horrifique d’un point de vue visuel – alternance de gros plans et avec
des plans beaucoup plus larges, censés faire monter la pression du spectateur
mais durant lesquels il ne se passe hélas rien –, certains scènes sont à la limite du risible et provoquent presque
l’effet inverse de celui recherché, comme c’est le cas de celle durant
laquelle Angela, sous l’impulsion de l’entité qui la possède, provoque une
tuerie dans l’asile. Neveldine ne fait par ailleurs preuve d’aucune audace dans
sa réalisation, se contentant souvent de filmer à travers l’œil de caméras de
surveillance ou de caméscopes, procédé là encore repris d’autres films du même
genre. La mise en scène n’est malheureusement jamais relevée par une bande-originale trop insipide,
répétitive et générique malgré le fait qu’elle soit composée par le vétéran
du genre Joseph Bishara, auteur, entre autres, des musiques de la franchise Insidious et de The Conjuring.
D’ordinaire, dans ce genre de production à petit
budget, les acteurs ne sont pas forcément connus et ne jouent pas toujours très
bien. C’est le contraire ici, puisque les
acteurs principaux font plutôt du bon boulot mais sont desservis par des
personnages peu intéressants. Olivia Taylor Dudley, dont le dernier gros
rôle remonte à 2012 dans les Chroniques
de Tchernobyl, est étonnamment crédible dans la peau d’Angela Holmes.
Dougray Scott, qui était franchement mauvais dans Taken 3 en début d’année, est ici meilleur dans le rôle de Roger
Holmes, mais n’a pas grand-chose à faire à part demander où est sa fille à
longueur de temps. Djimon Hounsou prouve qu’il est toujours aussi cool et
charismatique en prêtant ses traits au pasteur Imani, mais il ne doit
apparaître que quinze minutes en tout et pour tout. Acteur probablement très
populaire en Suède, Peter Andersson en fait des caisses dans la peau du cardinal
Bruun. Quant à Michael Peña, encore
excellent dans le Fury de David Ayer
à la fin de l’année dernière ou en partenaire comique du héros dans le très
récent Ant-Man, il apporte tout son talent et sa conviction au personnage du père
Lozano, mais n’était paradoxalement peut-être pas le meilleur choix pour
l’interpréter.
Conclusion
Les dossiers
secrets du Vatican – mauvaise
traduction, pour changer, du titre original The
Vatican Tapes – porte hélas bien mal son nom, car, au vu de la qualité
globale du film, ces dossiers-là auraient mieux fait de ne jamais être révélés.
N’ayant absolument rien d’horrifique, si ce n’est le genre dans lequel il
aimerait désespérément s’inscrire mais duquel il ne fait pas partie, le film
doit ses trop nombreux défauts à un scénariste peu expérimenté et à un
réalisateur qui aurait mieux fait de rester dans l’action, genre qu’il maîtrise
beaucoup mieux, pour son premier passage en solo derrière la caméra. Avec des
personnages inintéressants, un rythme inexistant et surtout une histoire déjà
vue maintes fois auparavant, Les dossiers secrets du Vatican est un film
de 91 minutes trop long d’au moins une heure, qui se base néanmoins sur une
idée qui aurait pu donner quelque chose d’une qualité bien supérieure. À ranger
dans la catégorie des (très) mauvais films d’exorcisme sortis ces dernières
années, comme Le Dernier exorcisme,
il n’y a plus qu’à espérer que la suite des Dossiers
reste pour sa part à jamais secrète.
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