mardi 7 janvier 2014

Paranormal Activity : The Marked Ones


L'esprit qui ne faisait plus peur

Note : 6/20


Un premier spin-off de la célèbre série horrifique qui, hélas, ne fait plus peur et marche dans les traces des deux derniers épisodes, déjà bien inférieurs aux deux premiers







Franchise. Voilà un mot devenu courant aujourd’hui à Hollywood, généralement synonyme de succès et – surtout – de gros sous, notamment lorsque les films qui en composent une deviennent des marques, des références dans leur genre et attirent toujours plus de spectateurs d’un film à l’autre. L’ennui, c’est que, bien souvent, plus les épisodes avancent, plus la qualité diminue, au point de se dire que le seul intérêt des studios est de faire un maximum d’argent en un minimum de temps. Se perpétuant depuis plus de quatre ans déjà sur nos écrans, la saga Paranormal Activity ne fait hélas pas exception à la règle. Tourné en 2006 mais arrivé sur les écrans fin 2009, le premier volet a, à sa façon, révolutionné le genre horreur à travers l’utilisation de la méthode du found footage, comme avait pu le faire dix ans plus tôt Le Projet Blair Witch. Fait dans la propre maison de son réalisateur Oren Peli pour un budget dérisoire de 15 000 dollars, cette première itération fut un carton international et reste peut-être le film le plus rentable de l’histoire à ce jour, avec près de 200 millions de dollars au box-office. La franchise est née et ne va alors plus s’arrêter, à raison d’un film par an jusqu’à aujourd’hui. Fin 2010 sort donc le deuxième volet, moins terrifiant que le premier mais toujours surprenant, et à nouveau un gros succès en termes de chiffres. La série commence à s’essouffler à partir du troisième épisode, médiocre, qui n’offre plus beaucoup de surprises mais parvient une nouvelle fois à attirer les spectateurs du monde entier. Et c’est donc tout naturellement que le quatrième film arrive fin 2012 et, si la rentabilité est une nouvelle fois au rendez-vous grâce à un tout petit budget, difficile d’en dire autant de la qualité, Paranormal Activity 4 étant à peine meilleur que le 3. Ayant officié en tant que scénariste sur les trois derniers opus, Christopher Landon rempile à nouveau pour ce premier spin-off et passe aussi derrière la caméra pour l’occasion. Autant être direct, Paranormal Activity : The Marked Ones ne redresse pas la barre au niveau qualitatif et déçoit profondément, continuant dans les travers des derniers volets et n’ayant plus grand-chose de vraiment terrifiant.

Synopsis

Fraîchement diplômé de son lycée, Jesse, jeune latino-américain, apprend un soir avec son ami Hector que sa voisine du dessous, une femme du nom d’Ana ayant tout d’une sorcière, a été assassiné, apparemment par Oscar, l’un de ses camarades de classe qui n’était pas dans son état normal. Peu de temps après, Jesse note la présence d’une mystérieuse marque sur son bras et se découvre des pouvoirs surhumains. En compagnie d’Hector, il les utilise pour faire des choses remarquables, les prendre en vidéo et les poster sur Internet. Alors que la présence d’un esprit à ses côtés devient de plus en plus évidente, Jesse commence à se transformer, à devenir plus agressif et morose. Sentant que quelque chose ne tourne pas rond, Hector et Marisol, une amie, se mettent en quête d’indices qui vont peu à peu les conduire vers une terrifiante vérité…

Quoi, t’es encore possédé ?

Autant commence par ce qui est certainement le point le plus positif de ce nouvel opus. Certes, The Marked Ones est un spin-off, le premier offert par la série, et en cela, il se détache du canon scénaristique mis en place par les précédents volets, puisqu’il n’a plus de lien direct avec l’histoire maudite de Katie et de sa sœur Kristi – même si, avouons-le, le quatrième film s’en éloignait déjà un peu. Pour autant, ce spin-off ne laissera pas les fans de la saga en reste puisque, pour leur plus grand plaisir, Landon parvient à rattacher le film au reste de la franchise à travers plusieurs éléments, et ce de manière relativement cohérente, que ce soit de petits détails ou des personnages déjà vus auparavant. Au milieu du film, par exemple, Hector et Marisol font appel à Ali Rey, la jeune femme qui a fait plusieurs recherches sur les démons et les esprits après les évènements narrés dans le deuxième film et qui est réapparue par la suite. Les amateurs prêteront attention aux cassettes VHS que les héros découvrent à un moment donné, référence directe au troisième volet, ainsi qu’aux signes et aux dessins de magie noire déjà aperçus dans les autres épisodes. Sans oublier que l’intrigue de ce spin-off fait également la part belle à la fameuse confrérie des sorcières qui était déjà au centre des évènements dans Paranormal Activity 3 et 4, ou encore le lieu final que ceux qui ont vu le troisième film reconnaîtront sans peine. La plus belle surprise provient cependant de la fin du film, qui, sans en dévoiler la nature exacte, semble opérer un retour aux sources et ne manquera pas de satisfaire ceux qui ont réellement aimé les deux premiers films. Bref, l’un dans l’autre, Christopher Landon respecte bien l’univers posé par les anciens volets et sa mythologie, faisant plaisir aux afficionados de la première heure.

Malheureusement, ce scrupuleux respect de la mythologie Paranormal Activity est bien le seul véritable point fort de cet épisode. Hormis cela, l’intrigue reste d’un classicisme dérangeant, se contentant de reprendre une fois de plus la recette des quatre autres films sans jamais essayer de la renouveler. Certes, le nouveau décor et les origines latino-américaines des principaux protagonistes apportent un peu de fraîcheur à la franchise – des éléments scénaristiques propices à quelques scènes intéressantes, comme lorsque Jesse repousse facilement deux caïds d’un gang latino et découvre par la même occasion ses nouveaux pouvoirs sans parvenir à réaliser ce qui lui arrive, ou encore l’utilisation d’une arme à feu par l’un des personnages au cours du dernier acte. Mais cela ne suffit, car, dans le fond, les rouages narratifs sont exactement les mêmes. Que ce soit les personnages qui découvrent peu à peu l’existence d’un esprit malfaisant parmi eux, la transformation graduelle du protagoniste central, l’explication mystique au phénomène paranormal, l’avertissement ignoré, la grand-mère qui tente une guérison à travers des prières répétées avec un chapelet ou encore le climax qui fait monter la sauce, le scénario ne réserve plus aucune surprise, et, de ce fait, devient très rapidement convenu et banal. Landon a tout de même la bonne idée de rajouter une petite dose d’humour, chose qui manquait cruellement dans les autres films, mais cet ajout a une grosse contrepartie sur l’ambiance, puisque chaque moment drôle désamorce aussitôt une tension qui commençait à monter ou était sur le point d’exploser. Par ailleurs, le scénariste-réalisateur ne s’embarrasse pas à donner à son spectateur de nombreuses informations. Les explications sur le pourquoi du comment de ce qui arrive à Jesse sont encore moins nombreuses que dans les deux derniers films et pas très claires. Mais le plus fatigant est que, après deux épisodes où elle avait déjà une place prépondérante dans la structure narrative, le spectateur n’en sait toujours pas plus sur la confrérie des sorcières, ce qui commence à devenir bien frustrant. Tout au plus est-il donné une ou deux répliques sur les véritables motivations de ce groupe.

Ta caméra commence à rouiller

La mise en scène ne vient pas arranger les ratés du scénario. Si la méthode du found footage et l’action vue à travers l’œil d’une caméra sont désormais indissociables de la franchise, la réalisation commence elle aussi à sérieusement sentir le réchauffé, et n’offre plus aucune nouveauté majeure, manquant ainsi d’audace. Avec plus ou moins de réussite, les précédents réalisateurs avaient au moins tenté de capter l’action à travers l’œil de différents appareils – que ce soit une caméra de surveillance nocturne, la webcam d’un ordinateur, celle d’une console de jeu, la caméra vidéo d’un téléphone portable –, permettant ainsi quelques situations très bien pensées provoquant des sursauts inattendus. Il n’en est rien ici. Pourtant, lorsque Jesse et Hector utilisent au début du film une GoPro, cette petite caméra très résistante et facilement transportable qui peut prendre des photos et des vidéos de n’importe quel endroit, on se plaît à espérer qu’ils l’emploient tout au long du film : l’angle de vue de la GoPro étant plus important que celui d’une caméra classique, l’engin aurait pu être une petite révolution visuelle au sein de la saga, lui ouvrant de nouvelles perspectives et possibilités. Elle n’est cependant utilisée que lors d’une courte séquence amusante, aussitôt remplacée par un caméscope ordinaire.

C’est d’autant plus dommage que, dans l’ensemble, et au même titre que la structure scénaristique, les éléments visuels et auditifs servant à créer l’ambiance n’ont toujours pas évolué. Ceux qui ont vu les films précédents sont rodés et sauront inévitablement à quoi s’attendre avec celui-ci. En résulte une très grande prévisibilité des situations qui nuit fortement au climat d’angoisse et de peur que le scénario cherche à instaurer. Tous les sons alentours qui s’arrêtent pour ne laisser que la respiration haletante de celui qui tient la caméra, et il est évident que quelque chose de mauvais à de fortes chances de surgir brusquement à l’écran ; un personnage qui ne se retourne pas ou s’enfuit quand on l’appelle, et il y a fort à parier que ses yeux ne seront pas normaux ou que son visage sera marqué lorsqu’il apparaîtra ; une porte qui grince, un son anormal qui se fait entendre, une silhouette obscure qui se dessine en arrière-plan, et le personnage présent à l’écran va passer un sale quart d’heure. Les idées et les combines visuelles n’ont pas changé, si bien que les moments censés être vraiment terrifiants ne le sont plus du tout ; tout au plus provoquent-ils un sursaut ou font-ils légèrement grimper la tension, et encore. On est très loin de la peur quasi constante qui émanait du film original d’Oren Peli. Peut-être aussi serait-il aussi temps d’engager un compositeur pour créer un ou deux thèmes flippants à placer aux moments les plus judicieux.

Au milieu de tout cela, les comédiens font du mieux qu’ils peuvent. Les personnages ne sont pas très épais et flirtent même avec la caricature – le jeune diplômé latino-américain qui fait la fierté de sa grand-mère chez qui il vit, le meilleur copain un peu rondouillet qui le suit partout, le camarade de classe qui s’en est sorti grâce aux études tandis que son frère aîné a sombré dans la criminalité, la jolie chica sympathique mais un peu simple sur les bords… Il faut alors saluer les performances plutôt bonnes d’Andrew Jacobs et Jorge Diaz, qui jouent respectivement Jesse et Hector et parviennent tout de même à les rendre attachants. On ne peut pas en dire autant du reste du casting, qui demeure assez anecdotique.

Conclusion

Inutile d’en dire plus, Paranormal Activity : The Marked Ones est sans aucun doute le moins bon épisode de la franchise à ce jour, et confirme ce que les troisième et quatrième volets laissaient déjà penser, à savoir que la saga est désormais sur une pente descendante qu’elle aura du mal à remonter. Christophe Landon assure la continuité de la mythologie Paranormal Activity sans jamais parvenir à la renouveler, et livre un film qui n’a plus grand-chose de terrifiant pour tous ceux qui ont vu ne serait-ce qu’un seul des précédents opus. La faute à un concept qui était véritablement frais et original fin 2009, mais qui est désormais usé jusqu’à la corde. Pour autant, cette corde n’est pas encore sur le point de lâcher : à l’heure où ces lignes sont écrites, The Marked Ones, qui a coûté 5 millions de dollars, en a déjà rapporté 35 au niveau mondial alors que sa première semaine d’exploitation n’est pas encore terminée. Les meilleures franchises sont aussi celles qui savent s’arrêter à temps. Paranormal Activity, avec toute l’affection que l’on peut avoir pour elle, ne sera pas de celles-là : le cinquième volet, qui, d’une manière ou d’une autre, va continuer l’histoire originelle, est d’ores et déjà prévu pour le mois d’octobre prochain. Inutile d’attendre jusque là pour se refaire les deux premiers, de loin les meilleurs. Les fans de la première heure apprécieront peut-être. Les autres, passez votre chemin.



Paranormal Activity : The Marked Ones. Ecrit et réalisé par Christopher Landon. Produit par Oren Peli. Avec Andrew Jacobs (XII), Jorge Diaz, Gabrielle Walsh, Carlos Pratts, Richard Cabral et David Fernandez Jr. Distribué en France par Paramount Pictures France. Distribué à l’étranger par Paramount Pictures. 84 minutes.


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