L'esprit qui ne faisait plus peur
Note : 6/20
Un premier
spin-off de la célèbre série horrifique qui, hélas, ne fait plus peur et marche
dans les traces des deux derniers épisodes, déjà bien inférieurs aux deux
premiers
Franchise. Voilà un mot devenu courant aujourd’hui à
Hollywood, généralement synonyme de succès et – surtout – de gros sous,
notamment lorsque les films qui en composent une deviennent des marques, des
références dans leur genre et attirent toujours plus de spectateurs d’un film à
l’autre. L’ennui, c’est que, bien souvent, plus les épisodes avancent, plus la
qualité diminue, au point de se dire que le seul intérêt des studios est de
faire un maximum d’argent en un minimum de temps. Se perpétuant depuis plus de
quatre ans déjà sur nos écrans, la saga Paranormal
Activity ne fait hélas pas exception à la règle. Tourné en 2006 mais arrivé
sur les écrans fin 2009, le premier volet a, à sa façon, révolutionné le genre
horreur à travers l’utilisation de la méthode du found footage, comme avait pu le faire dix ans plus tôt Le Projet Blair Witch. Fait dans la
propre maison de son réalisateur Oren Peli pour un budget dérisoire de 15 000
dollars, cette première itération fut un carton international et reste
peut-être le film le plus rentable de l’histoire à ce jour, avec près de 200 millions
de dollars au box-office. La franchise est née et ne va alors plus s’arrêter, à
raison d’un film par an jusqu’à aujourd’hui. Fin 2010 sort donc le deuxième
volet, moins terrifiant que le premier mais toujours surprenant, et à nouveau
un gros succès en termes de chiffres. La série commence à s’essouffler à partir
du troisième épisode, médiocre, qui n’offre plus beaucoup de surprises mais
parvient une nouvelle fois à attirer les spectateurs du monde entier. Et c’est
donc tout naturellement que le quatrième film arrive fin 2012 et, si la
rentabilité est une nouvelle fois au rendez-vous grâce à un tout petit budget,
difficile d’en dire autant de la qualité, Paranormal
Activity 4 étant à peine meilleur que le 3. Ayant officié en tant que scénariste sur les trois derniers
opus, Christopher Landon rempile à nouveau pour ce premier spin-off et passe
aussi derrière la caméra pour l’occasion. Autant
être direct, Paranormal Activity :
The Marked Ones ne redresse pas la barre au niveau qualitatif et déçoit
profondément, continuant dans les travers des derniers volets et n’ayant plus
grand-chose de vraiment terrifiant.
Synopsis
Fraîchement diplômé de son lycée, Jesse, jeune
latino-américain, apprend un soir avec son ami Hector que sa voisine du
dessous, une femme du nom d’Ana ayant tout d’une sorcière, a été assassiné,
apparemment par Oscar, l’un de ses camarades de classe qui n’était pas dans son
état normal. Peu de temps après, Jesse note la présence d’une mystérieuse marque
sur son bras et se découvre des pouvoirs surhumains. En compagnie d’Hector, il
les utilise pour faire des choses remarquables, les prendre en vidéo et les
poster sur Internet. Alors que la présence d’un esprit à ses côtés devient de
plus en plus évidente, Jesse commence à se transformer, à devenir plus agressif
et morose. Sentant que quelque chose ne tourne pas rond, Hector et Marisol, une
amie, se mettent en quête d’indices qui vont peu à peu les conduire vers une
terrifiante vérité…
Quoi,
t’es encore possédé ?
Autant commence par ce qui est certainement le point
le plus positif de ce nouvel opus. Certes, The
Marked Ones est un spin-off, le premier offert par la série, et en cela, il
se détache du canon scénaristique mis en place par les précédents volets,
puisqu’il n’a plus de lien direct avec l’histoire maudite de Katie et de sa
sœur Kristi – même si, avouons-le, le quatrième film s’en éloignait déjà un
peu. Pour autant, ce spin-off ne laissera pas les fans de la saga en reste
puisque, pour leur plus grand plaisir, Landon
parvient à rattacher le film au reste de la franchise à travers plusieurs
éléments, et ce de manière relativement cohérente, que ce soit de petits
détails ou des personnages déjà vus auparavant. Au milieu du film, par
exemple, Hector et Marisol font appel à Ali Rey, la jeune femme qui a fait
plusieurs recherches sur les démons et les esprits après les évènements narrés
dans le deuxième film et qui est réapparue par la suite. Les amateurs prêteront
attention aux cassettes VHS que les héros découvrent à un moment donné,
référence directe au troisième volet, ainsi qu’aux signes et aux dessins de
magie noire déjà aperçus dans les autres épisodes. Sans oublier que l’intrigue
de ce spin-off fait également la part belle à la fameuse confrérie des
sorcières qui était déjà au centre des évènements dans Paranormal Activity 3 et 4,
ou encore le lieu final que ceux qui ont vu le troisième film reconnaîtront
sans peine. La plus belle surprise provient cependant de la fin du film, qui,
sans en dévoiler la nature exacte, semble opérer un retour aux sources et ne
manquera pas de satisfaire ceux qui ont réellement aimé les deux premiers
films. Bref, l’un dans l’autre, Christopher
Landon respecte bien l’univers posé par les anciens volets et sa mythologie,
faisant plaisir aux afficionados de la première heure.
Malheureusement, ce scrupuleux respect de la
mythologie Paranormal Activity est
bien le seul véritable point fort de cet épisode. Hormis cela, l’intrigue reste d’un classicisme
dérangeant, se contentant de reprendre une fois de plus la recette des quatre
autres films sans jamais essayer de la renouveler. Certes, le nouveau décor
et les origines latino-américaines des principaux protagonistes apportent un
peu de fraîcheur à la franchise – des éléments scénaristiques propices à
quelques scènes intéressantes, comme lorsque Jesse repousse facilement deux
caïds d’un gang latino et découvre par la même occasion ses nouveaux pouvoirs
sans parvenir à réaliser ce qui lui arrive, ou encore l’utilisation d’une arme
à feu par l’un des personnages au cours du dernier acte. Mais cela ne suffit,
car, dans le fond, les rouages narratifs sont exactement les mêmes. Que ce soit
les personnages qui découvrent peu à peu l’existence d’un esprit malfaisant
parmi eux, la transformation graduelle du protagoniste central, l’explication
mystique au phénomène paranormal, l’avertissement ignoré, la grand-mère qui
tente une guérison à travers des prières répétées avec un chapelet ou encore le
climax qui fait monter la sauce, le
scénario ne réserve plus aucune surprise, et, de ce fait, devient très
rapidement convenu et banal. Landon a tout de même la bonne idée de
rajouter une petite dose d’humour, chose qui manquait cruellement dans les autres
films, mais cet ajout a une grosse contrepartie sur l’ambiance, puisque chaque
moment drôle désamorce aussitôt une tension qui commençait à monter ou était
sur le point d’exploser. Par ailleurs, le scénariste-réalisateur ne
s’embarrasse pas à donner à son spectateur de nombreuses informations. Les explications sur le pourquoi du comment
de ce qui arrive à Jesse sont encore moins nombreuses que dans les deux derniers
films et pas très claires. Mais le plus fatigant est que, après deux
épisodes où elle avait déjà une place prépondérante dans la structure
narrative, le spectateur n’en sait toujours pas plus sur la confrérie des
sorcières, ce qui commence à devenir bien frustrant. Tout au plus est-il donné
une ou deux répliques sur les véritables motivations de ce groupe.
Ta
caméra commence à rouiller
La mise en scène ne vient pas arranger les ratés du
scénario. Si la méthode du found footage et l’action vue à travers l’œil
d’une caméra sont désormais indissociables de la franchise, la réalisation commence elle aussi à
sérieusement sentir le réchauffé, et n’offre plus aucune nouveauté majeure,
manquant ainsi d’audace. Avec plus ou moins de réussite, les précédents
réalisateurs avaient au moins tenté de capter l’action à travers l’œil de
différents appareils – que ce soit une caméra de surveillance nocturne, la
webcam d’un ordinateur, celle d’une console de jeu, la caméra vidéo d’un
téléphone portable –, permettant ainsi quelques situations très bien pensées
provoquant des sursauts inattendus. Il n’en est rien ici. Pourtant, lorsque
Jesse et Hector utilisent au début du film une GoPro, cette petite caméra très
résistante et facilement transportable qui peut prendre des photos et des
vidéos de n’importe quel endroit, on se plaît à espérer qu’ils l’emploient tout
au long du film : l’angle de vue de la GoPro étant plus important que
celui d’une caméra classique, l’engin aurait pu être une petite révolution
visuelle au sein de la saga, lui ouvrant de nouvelles perspectives et
possibilités. Elle n’est cependant utilisée que lors d’une courte séquence
amusante, aussitôt remplacée par un caméscope ordinaire.
C’est d’autant plus dommage que, dans l’ensemble, et
au même titre que la structure scénaristique, les éléments visuels et auditifs servant à créer l’ambiance n’ont
toujours pas évolué. Ceux qui ont vu les films précédents sont rodés et
sauront inévitablement à quoi s’attendre avec celui-ci. En résulte une très grande prévisibilité des situations qui nuit
fortement au climat d’angoisse et de peur que le scénario cherche à instaurer.
Tous les sons alentours qui s’arrêtent pour ne laisser que la respiration
haletante de celui qui tient la caméra, et il est évident que quelque chose de
mauvais à de fortes chances de surgir brusquement à l’écran ; un
personnage qui ne se retourne pas ou s’enfuit quand on l’appelle, et il y a
fort à parier que ses yeux ne seront pas normaux ou que son visage sera marqué
lorsqu’il apparaîtra ; une porte qui grince, un son anormal qui se fait
entendre, une silhouette obscure qui se dessine en arrière-plan, et le
personnage présent à l’écran va passer un sale quart d’heure. Les idées et les
combines visuelles n’ont pas changé, si bien que les moments censés être
vraiment terrifiants ne le sont plus du tout ; tout au plus provoquent-ils
un sursaut ou font-ils légèrement grimper la tension, et encore. On est très loin de la peur quasi constante
qui émanait du film original d’Oren Peli. Peut-être aussi serait-il aussi
temps d’engager un compositeur pour créer un ou deux thèmes flippants à placer
aux moments les plus judicieux.
Au milieu de tout cela, les comédiens font du mieux
qu’ils peuvent. Les personnages ne sont
pas très épais et flirtent même avec la caricature – le jeune diplômé
latino-américain qui fait la fierté de sa grand-mère chez qui il vit, le
meilleur copain un peu rondouillet qui le suit partout, le camarade de classe
qui s’en est sorti grâce aux études tandis que son frère aîné a sombré dans la
criminalité, la jolie chica
sympathique mais un peu simple sur les bords… Il faut alors saluer les
performances plutôt bonnes d’Andrew Jacobs et Jorge Diaz, qui jouent
respectivement Jesse et Hector et parviennent tout de même à les rendre
attachants. On ne peut pas en dire autant du reste du casting, qui demeure
assez anecdotique.
Conclusion
Inutile d’en dire plus, Paranormal Activity : The Marked Ones est sans aucun doute le
moins bon épisode de la franchise à ce jour, et confirme ce que les troisième
et quatrième volets laissaient déjà penser, à savoir que la saga est désormais sur une pente descendante qu’elle aura du mal à
remonter. Christophe Landon assure la continuité de la mythologie Paranormal Activity sans jamais parvenir
à la renouveler, et livre un film qui n’a plus grand-chose de terrifiant pour
tous ceux qui ont vu ne serait-ce qu’un seul des précédents opus. La faute à un concept qui était
véritablement frais et original fin 2009, mais qui est désormais usé jusqu’à la
corde. Pour autant, cette corde n’est pas encore sur le point de
lâcher : à l’heure où ces lignes sont écrites, The Marked Ones, qui a coûté 5 millions de dollars, en a déjà rapporté
35 au niveau mondial alors que sa première semaine d’exploitation n’est pas
encore terminée. Les meilleures franchises sont aussi celles qui savent
s’arrêter à temps. Paranormal Activity,
avec toute l’affection que l’on peut avoir pour elle, ne sera pas de
celles-là : le cinquième volet, qui, d’une manière ou d’une autre, va
continuer l’histoire originelle, est d’ores et déjà prévu pour le mois
d’octobre prochain. Inutile d’attendre jusque là pour se refaire les deux
premiers, de loin les meilleurs. Les
fans de la première heure apprécieront peut-être. Les autres, passez votre
chemin.
Paranormal
Activity : The Marked Ones. Ecrit
et réalisé par Christopher Landon. Produit par Oren Peli. Avec Andrew Jacobs
(XII), Jorge Diaz, Gabrielle Walsh, Carlos Pratts, Richard Cabral et David
Fernandez Jr. Distribué en France par Paramount Pictures France. Distribué à
l’étranger par Paramount Pictures. 84 minutes.
Si vous aimez ce film, vous pourriez également aimer :





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire