
Coup de tonnerre dans l'univers
Note : 13/20
Un nouvel épisode de l’univers cinématographique
Marvel en forme de retour honorable pour le Dieu du Tonnerre, qui n’est
cependant pas à la hauteur du premier film
Nous sommes en avril 2008. Dans quelques mois va
sortir dans le monde entier le très attendu nouveau volet des aventures du
Chevalier Noir réimaginé par Christopher Nolan, The Dark Knight. Profitant du temps qu’il reste avant cette sortie
massive, Marvel, écurie concurrente de DC, lance l’adaptation sur grand écran
d’un de ses héros phares, Tony Stark/Iron Man. Le succès est au rendez-vous.
Sans le savoir encore, le studio vient de mettre en branle son univers
cinématographique. Suivent alors L’incroyable
Hulk – censé faire oublier l’adaptation ratée d’Ang Lee en 2003 – l’été
2008 et Iron Man 2 en 2010. Voyant
que le public adhère de plus en plus à cet univers, Kevin Feige, patron de
Marvel, annonce que le studio sortira désormais deux films par an afin
d’étendre sa mythologie (et accessoirement de se remplir les poches à chaque
nouvelle œuvre). S’ensuivent alors Thor et
Captain America en 2011, succès eux
aussi. La Phase 1 de cet univers cinématographique culmine avec The Avengers, qui sort sur les écrans du
monde en avril 2012 et devient le troisième plus gros succès au box office
mondial. Sorti le 24 avril dernier, le troisième opus des aventures d’Iron Man
a initié la Phase 2 d’une belle manière, puisqu’il a rapporté plus d’un
milliard de dollars dans le monde. Voilà donc que c’est au Dieu du Tonnerre
lui-même de faire son retour en solo après son alliance avec ses amis Vengeurs.
Si le film s’inscrit dans la droite
lignée des précédentes œuvres du studio et assure sans doute une parfaite
continuité avec celles à venir, il faut bien avouer que l’opus d’Alan Taylor,
même s’il reste un divertissement de qualité, n’est pas au niveau de celui de
son prédécesseur Kenneth Branagh.
Synopsis
Un an après les évènements narrés dans The Avengers, les Neufs Royaumes sont en
guerre. Thor et ses amis se battent de planète en planète et sont sur le point
de restaurer l’ordre. Sur Terre, Jane Foster et son équipe découvrent des
failles spatio-temporelles permettant de voyager entre les dimensions. En
entrant dans l’une d’elles par mégarde, Jane se retrouve au contact de l’Ether,
une arme à la puissance démentielle autrefois détenue par les Elfes Noirs, une
ancienne race bannie des millions d’années plus tôt par Bor, le grand-père de
Thor. Comprenant que quelque chose ne va pas grâce à Heimdall, Thor se rend sur
Terre et ramène Jane avec lui, précipitant ainsi le réveil des Elfes Noirs et
de leur chef, Malekith, un être assoiffé de vengeance. Devant faire face à un
ennemi capable d’anéantir Asgard et l’univers tout entier mais que son père
Odin semble prendre à la légère, Thor, s’il veut avoir une chance de triompher,
n’a d’autre choix que de s’allier à la seule personne en qui il ne peut pas
avoir confiance – son propre frère qui lui a causé tant d’ennuis par le passé,
Loki.
Asgard,
mon beau royaume
Lorsqu’il a annoncé que son studio sortirait
désormais deux films lors d’une année, Kevin Feige a émis le souhait que ces
films soient, ou du moins essaient d’être différents les uns des autres au
niveau visuel ainsi que sur le plan de la tonalité, mais également que les
équipes artistiques derrière les films cherchent à faire mieux que leurs
prédécesseurs, dans l’optique de toujours donner aux spectateurs l’impression
de voir quelque chose de neuf à chaque nouveau film. Force est de constater que
sur la question de la mise en scène,
Alan Taylor n’a rien à envier à Kenneth Branagh, et parvient même à faire mieux
à plusieurs reprises. Bénéficiant de son expérience en tant que réalisateur
de plusieurs épisodes majeurs de la série à succès Game of Thrones, Taylor a cette fois des moyens bien plus
considérables pour montrer l’étendue de son talent lorsqu’il s’agit de mettre
en scène l’action, et il ne se prive pas de le faire.
Si la 3D se révèle plus anecdotique et offre un rendu
moins intéressant que dans le premier épisode, les décors, notamment la cité
d’Asgard, sont toujours aussi réussis. Particulièrement beaux, les plans d’ensemble sur la ville natale du
Dieu du Tonnerre émerveillent toujours autant, plus, pour le coup, que dans
la vision de Branagh qui ne la montrait peut-être pas assez malgré une
esthétique très bien foutue. Là où Thor premier
du nom ne proposait que deux mondes différents (Asgard et la Terre) et ne
permettait pas au spectateur ne serait-ce que d’entrevoir les autres, Taylor fait ici voyager ses personnages à
travers des lieux aux atmosphères et couleurs bien différentes les unes des
autres, que ce soit dans la grisaille de Londres, la beauté lumineuse
d’Asgard, le climat oppressant et sombre de la terre désolée du Monde des ténèbres
ou les environnements plus sauvages des quelques planètes nouvellement visitées
au cours de l’intrigue ou déjà vues dans le précédent film.
Le public en a aussi pour son argent en ce qui
concerne le côté spectaculaire de l’œuvre. Les batailles, souvent homériques et
impliquant des armées massives, prennent une dimension plus importante que par
le passé. Très bien réalisées, les
scènes d’action, si elles ne font pas vraiment preuve d’originalité ni d’une
audace particulière, demeurent néanmoins réellement immersives et
impressionnantes, et elles restent toujours lisibles et cohérentes. Les
moyens financiers mis à disposition pour réaliser cette suite se ressentent à
l’écran : le monde de Thor est en guerre et cela se voit. Si le film
conserve le côté action/fantastique qui a fait le charme de son aîné, les
vaisseaux des Elfes Noirs au design bien pensé, les armes à canon laser, les
tourelles de défense d’Asgard, certains costumes ainsi que le toujours réussi
Bifrost donnent furieusement l’impression
d’être en face d’un film de science-fiction. Le tout est brillamment
accompagné par la bonne bande-originale de Brian Tyler, qui reprend le poste
laissé vacant par Patrick Doyle et officiait déjà en tant que compositeur sur Iron Man 3. D’un point de vue technique et visuel donc, Thor : Le Monde des ténèbres dépasse sans problème son grand
frère.
Une
histoire de famille
Ce qui est bien avec la suite d’un film au cinéma,
c’est qu’elle n’a plus à poser les bases et à présenter les personnages
centraux, choses qui ont été faites dans le premier volet, et peut partir dans
une direction tout autre. Ecrit à six mains par Christopher Yost, Christopher
Markus et Stephen McFeely, avec une aide non négligeable de Joss Whedon
lui-même – qui, en plus de travailler d’arrache-pied sur Avengers : Age of Ultron, supervise également l’ensemble de la
Phase 2 –, le scénario de ce deuxième Thor
reprend pourtant des éléments de son prédécesseur et les assaisonne à sa
sauce pour livrer une histoire qui
s’inscrit là encore dans la droite lignée de ce qui a été fait avant.
Ainsi, tout comme les Géants de Glace et leur arme maléfique, les Elfes Noirs
sont une race très ancienne ; comme eux également, ils ont été repoussé
bien des années auparavant par un membre de la famille de Thor, en l’occurrence
ici son grand-père Bor, ce que le spectateur apprend dès la séquence
d’introduction. Et, comme dans le premier film, c’est au Dieu du Tonnerre
lui-même qu’il incombe de repousser cette menace que personne d’autre ne semble
pouvoir arrêter. Là où Thor : Le
Monde des ténèbres se distingue de son aîné d’un point de vue
scénaristique, c’est que, à la manière des batailles et du côté spectaculaire,
les enjeux semblent ici bien plus élevés qu’avant. L’Ether, arme au pouvoir
destructeur incommensurable, pourrait donner aux Elfes Noirs la possibilité
d’anéantir non seulement Asgard, mais l’univers dans son intégralité si
personne ne se met en travers de leur route. Le fait que Jane Foster entre en
contact avec cette arme par inadvertance et en devienne porteuse rend les
choses encore plus personnelles pour Thor, qui doit alors non seulement
protéger son royaume mais également la femme qu’il aime, devenue la cible
prioritaire de ses ennemis. Pour couronner le tout, le spectateur apprend au
cours du film qu’un événement important pourrait donner à Malekith et ses
sbires la possibilité d’accomplir leur noir dessein. Sans tout dévoiler, les scénaristes se sont donc appliqués à ce que la
menace paraisse plus élevée, à la hauteur du Dieu du Tonnerre et de ses
immenses pouvoirs – une menace palpable lors des scènes d’action au cœur
même d’Asgard.
Au delà des histoires qui se déroulent à Asgard et
sur Terre et impliquent Thor, Jane, Odin ou encore Darcy et le docteur Selvig, l’autre point fort du scénario réside à
nouveau dans la relation qui unit le dieu tout puissant et son frère. Gardé
dans une cellule placée sous haute surveillance depuis la fin de The Avengers, Loki reste largement en
dehors de l’action pendant toute la première partie du film, apparaissant
seulement l’espace de quelques secondes par moments. Ce n’est qu’au bout d’une
bonne heure qu’il partage sa première scène avec Thor qui, n’ayant pas d’autre
choix, vient lui demander de l’aide, chose assez paradoxale compte tenu de ce
qui s’est passé entre eux lors de leurs précédentes aventures. Si Loki était l’antagoniste principal dans Thor et The Avengers, la relation qui l’unit à son frère est ici beaucoup
plus ambiguë, plus nuancée, permettant ainsi au personnage de se renouveler.
Ne sachant plus trop quelle est sa place au sein de sa famille, Loki, pour une
raison que nous tairons, trouve une occasion de faire alliance avec Thor. S’il
continue de se moquer de lui et de lui balancer des railleries à la figure, son
côté dramatique et ses fêlures ressortent plus que dans ses deux apparitions
précédentes, permettant ainsi au spectateur de croire qu’il est sur le chemin
de la rédemption. L’interprétant avec toujours autant de classe et d’énergie, Tom Hiddleston semble désormais
indissociable de ce personnage qu’il a réussi à faire aimer à pratiquement
tous les fans de l’univers cinématographique de Marvel, le rendant presque plus
attachant que n’importe quel Vengeur. Force est de constater qu’il parvient une
nouvelle fois à réitérer l’exploit. Plus que n’importe quelle autre, la
relation entre Thor et Loki est un élément fondamental, qui prend ici une
nouvelle tournure.
Tous les
dieux ont des défauts
Hélas, les qualités visuelles et esthétiques du film
ne peuvent pas masquer les failles de la nouvelle itération du super héros, et
autant dire de suite qu’il y en a plus d’une. En premier lieu, si, comme dit
précédemment, la menace apparaît plus grande du fait d’une arme capable de
détruire l’univers dans son intégralité, le spectateur ne la ressent jamais
vraiment, hormis, donc, durant quelques scènes à Asgard. Alors que c’était le
gros point fort du premier opus, qui mettait Thor dans une délicate situation
en le privant de ses pouvoirs et de son marteau, on n’a jamais ici l’impression que Thor puisse être battu ou que ses
ennemis puissent avoir un coup d’avance sur lui. Cette impression demeure
jusqu’au combat final entre Thor et Malekith qui, s’il utilise judicieusement
la sous-intrigue des portails spatio-temporels, ne fait pas de doute quant à
son issue. Là où Tony Stark était dans une situation en apparence inextricable
et qu’il affrontait un ennemi beaucoup plus fort que lui dans sa troisième
aventure, ce n’est jamais le sentiment qui se dégage ici, alors que Malekith et
ses Elfes Noirs sont rapidement présentés comme un danger plus grand et
puissant que Loki ou les Géants de Glasse. Certaines situations sont
prévisibles et peuvent être anticipées par le public, même si d’autres
demeurent surprenantes. Paradoxalement, si
les scènes d’action et de batailles sont plus spectaculaires que dans le film
de Branagh, elles sont aussi parfois moins intenses, et moins longues en
règle générale ; encore une fois, cette affirmation est vraie pour le
combat final, qui n’a ni le caractère épique ni la dimension dramatique du
premier affrontement entre Thor et Loki dans le Bifrost à la fin de Thor.
Si la relation entre Thor et Loki est plutôt bien
exploitée même si elle aurait pu être encore plus développée, et que Jane
Foster, toujours brillamment interprétée par Natalie Portman, a plus
d’épaisseur dans cet opus, les autres personnages n’ont pas le droit au même
traitement. Alors qu’on les voyait vraiment en action dans le premier film,
Sif, Volstagg, Fandral et Hogun, les
amis et compagnons d’arme de Thor, apparaissent beaucoup moins dans ce volet,
leur participation tenant plus du cameo de luxe que du vrai second rôle, ce qui
ne permet pas à leurs interprètes de briller vraiment – Zachary Levi, nouvel
acteur à se glisser dans la peau de l’épéiste Fandral, a tout juste le temps de
balancer deux-trois blagues, là où le personnage était bien plus marrant dans Thor. Il en va de même pour les
personnages terrestres. S’il est plaisant de revoir Kat Dennings et Stellan
Skarsgard reprendre leurs rôles, les blagues de Darcy, qui faisaient mouche
dans le premier film, tombent plusieurs fois à plat ici, et si le docteur
Selvig est toujours aussi amusant (et assez dérangé après ce qui lui est arrivé
dans The Avengers), il n’apparaît
vraiment que dans le dernier acte du film, autant dire trop peu. Quant au grand
méchant Malekith, s’il possède une puissance bien supérieure à Loki, il demeure
beaucoup moins stylé que lui, son histoire étant bâclée. Christopher Eccleston,
d’habitude très bon, ne parvient jamais à montrer le côté dramatique du
personnage ni à rendre vraiment crédible les raisons qui le poussent à faire ce
qu’il fait, se contentant la plupart du temps de parler avec une voix rauque et
d’afficher l’air le plus menaçant possible. Cependant, le plus gros regret vient sans conteste d’Heimdall, le gardien du
Bifrost et d’Asgard qui voit et entend tout. Interprété avec toujours autant de
classe et de charisme par le génial Idris Elba, le personnage, un peu à la
manière du précédent volet, a le droit à une seule scène où il montre toute
l’étendue de sa force, mais pratiquement rien de plus. Compte tenu de son
immense potentiel et de son côté furieusement badass et stylé, ainsi que le très bon accueil qu’il avait reçu
auprès du public, on était en droit de le voir gagner en épaisseur. Il n’en est
malheureusement rien. Reste à espérer que ce sera le cas dans un hypothétique
troisième film.
Au delà de ces aspects, ce qui déçoit peut-être le
plus avec ce Thor : Le Monde des
ténèbres, c’est qu’il donne l’impression
d’essayer d’imiter son prédécesseur plutôt que de s’en démarquer. Les
thèmes abordés tout au long du film sont finalement très proches de ceux du
premier volet – conflits familiaux, menace capable de faire de gros dégâts,
luttes de pouvoir… Visuellement, là encore, même s’il est meilleur et plus
varié, il demeure très similaire à ce qui a été fait auparavant et ne prend pas
vraiment de risques. Le titre du film
aurait pu laisser présager un univers beaucoup plus sombre, mais ce n’est pas
le cas : le ton de cette suite oscille toujours entre comédie et
drame, et les personnages, hormis Thor lui-même, n’ont pas grandement évolué
depuis le précédent opus. Enfin, là où les explications scientifiques étaient à
peu près « rationnelles » dans Thor
premier du nom, elles sont ici fumeuses et souvent ridicules malgré elles,
donnant parfois lieu à des dialogues involontairement comiques.
Conclusion
Assurément, la deuxième aventure en solo du Dieu du
Tonnerre est moins bonne que la troisième de son ami en armure de fer sortie en
avril dernier, et, en toute honnêteté, il
s’agit certainement, pour le moment, du film Marvel le moins réussi avec L’incroyable Hulk depuis le premier Iron Man en 2008. En ce sens, c’est
peut-être une chance que ce ne soit pas Thor :
Le Monde des ténèbres qui ait ouvert la deuxième phase de ce riche univers
cinématographique, car il aurait marqué un bond en arrière assez grand par
rapport à The Avengers. Reste qu’Alan Taylor a mis en scène un film
visuellement très beau, qui respecte parfaitement les codes du personnage et de
son monde mis en place auparavant à défaut d’essayer de lui donner une
identité propre, et qui est dans
l’ensemble de bonne facture. Ne reste plus alors qu’à espérer que le
troisième volet, qui se fera sans aucun doute, corrige les erreurs de cet
épisode. C’est tout ce qu’on peut lui souhaiter. D’ici là, les fans de Thor ont
déjà rendez-vous avec leur héros dans un peu moins de deux ans, lorsqu’il se
réunira avec ses amis Vengeurs pour affronter le robot Ultron. La foudre n’a
pas fini de tomber.
Thor :
Le Monde des ténèbres. Réalisé par
Alan Taylor. Ecrit par Christopher Yost, Christopher Markus et Stephen McFeely.
Produit par Kevin Feige. Avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddleston,
Idris Elba, Christopher Eccleston, Stellan Skarsgard, Kat Dennings, Anthony
Hopkins, Rene Russo, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Jaimie Alexander, Ray Stevenson,
Zachary Levi et Tadanobu Asano. Distribué en France par The Walt Disney Company
France. Distribué à l’étranger par Buean Vista International. 112 minutes.
Si vous aimez ce film, vous pourriez également aimer :




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire