mercredi 6 novembre 2013

Thor : Le Monde des ténèbres



Coup de tonnerre dans l'univers

Note : 13/20

Un nouvel épisode de l’univers cinématographique Marvel en forme de retour honorable pour le Dieu du Tonnerre, qui n’est cependant pas à la hauteur du premier film




Nous sommes en avril 2008. Dans quelques mois va sortir dans le monde entier le très attendu nouveau volet des aventures du Chevalier Noir réimaginé par Christopher Nolan, The Dark Knight. Profitant du temps qu’il reste avant cette sortie massive, Marvel, écurie concurrente de DC, lance l’adaptation sur grand écran d’un de ses héros phares, Tony Stark/Iron Man. Le succès est au rendez-vous. Sans le savoir encore, le studio vient de mettre en branle son univers cinématographique. Suivent alors L’incroyable Hulk – censé faire oublier l’adaptation ratée d’Ang Lee en 2003 – l’été 2008 et Iron Man 2 en 2010. Voyant que le public adhère de plus en plus à cet univers, Kevin Feige, patron de Marvel, annonce que le studio sortira désormais deux films par an afin d’étendre sa mythologie (et accessoirement de se remplir les poches à chaque nouvelle œuvre). S’ensuivent alors Thor et Captain America en 2011, succès eux aussi. La Phase 1 de cet univers cinématographique culmine avec The Avengers, qui sort sur les écrans du monde en avril 2012 et devient le troisième plus gros succès au box office mondial. Sorti le 24 avril dernier, le troisième opus des aventures d’Iron Man a initié la Phase 2 d’une belle manière, puisqu’il a rapporté plus d’un milliard de dollars dans le monde. Voilà donc que c’est au Dieu du Tonnerre lui-même de faire son retour en solo après son alliance avec ses amis Vengeurs. Si le film s’inscrit dans la droite lignée des précédentes œuvres du studio et assure sans doute une parfaite continuité avec celles à venir, il faut bien avouer que l’opus d’Alan Taylor, même s’il reste un divertissement de qualité, n’est pas au niveau de celui de son prédécesseur Kenneth Branagh.

Synopsis

Un an après les évènements narrés dans The Avengers, les Neufs Royaumes sont en guerre. Thor et ses amis se battent de planète en planète et sont sur le point de restaurer l’ordre. Sur Terre, Jane Foster et son équipe découvrent des failles spatio-temporelles permettant de voyager entre les dimensions. En entrant dans l’une d’elles par mégarde, Jane se retrouve au contact de l’Ether, une arme à la puissance démentielle autrefois détenue par les Elfes Noirs, une ancienne race bannie des millions d’années plus tôt par Bor, le grand-père de Thor. Comprenant que quelque chose ne va pas grâce à Heimdall, Thor se rend sur Terre et ramène Jane avec lui, précipitant ainsi le réveil des Elfes Noirs et de leur chef, Malekith, un être assoiffé de vengeance. Devant faire face à un ennemi capable d’anéantir Asgard et l’univers tout entier mais que son père Odin semble prendre à la légère, Thor, s’il veut avoir une chance de triompher, n’a d’autre choix que de s’allier à la seule personne en qui il ne peut pas avoir confiance – son propre frère qui lui a causé tant d’ennuis par le passé, Loki.

Asgard, mon beau royaume

Lorsqu’il a annoncé que son studio sortirait désormais deux films lors d’une année, Kevin Feige a émis le souhait que ces films soient, ou du moins essaient d’être différents les uns des autres au niveau visuel ainsi que sur le plan de la tonalité, mais également que les équipes artistiques derrière les films cherchent à faire mieux que leurs prédécesseurs, dans l’optique de toujours donner aux spectateurs l’impression de voir quelque chose de neuf à chaque nouveau film. Force est de constater que sur la question de la mise en scène, Alan Taylor n’a rien à envier à Kenneth Branagh, et parvient même à faire mieux à plusieurs reprises. Bénéficiant de son expérience en tant que réalisateur de plusieurs épisodes majeurs de la série à succès Game of Thrones, Taylor a cette fois des moyens bien plus considérables pour montrer l’étendue de son talent lorsqu’il s’agit de mettre en scène l’action, et il ne se prive pas de le faire.

Si la 3D se révèle plus anecdotique et offre un rendu moins intéressant que dans le premier épisode, les décors, notamment la cité d’Asgard, sont toujours aussi réussis. Particulièrement beaux, les plans d’ensemble sur la ville natale du Dieu du Tonnerre émerveillent toujours autant, plus, pour le coup, que dans la vision de Branagh qui ne la montrait peut-être pas assez malgré une esthétique très bien foutue. Là où Thor premier du nom ne proposait que deux mondes différents (Asgard et la Terre) et ne permettait pas au spectateur ne serait-ce que d’entrevoir les autres, Taylor fait ici voyager ses personnages à travers des lieux aux atmosphères et couleurs bien différentes les unes des autres, que ce soit dans la grisaille de Londres, la beauté lumineuse d’Asgard, le climat oppressant et sombre de la terre désolée du Monde des ténèbres ou les environnements plus sauvages des quelques planètes nouvellement visitées au cours de l’intrigue ou déjà vues dans le précédent film.

Le public en a aussi pour son argent en ce qui concerne le côté spectaculaire de l’œuvre. Les batailles, souvent homériques et impliquant des armées massives, prennent une dimension plus importante que par le passé. Très bien réalisées, les scènes d’action, si elles ne font pas vraiment preuve d’originalité ni d’une audace particulière, demeurent néanmoins réellement immersives et impressionnantes, et elles restent toujours lisibles et cohérentes. Les moyens financiers mis à disposition pour réaliser cette suite se ressentent à l’écran : le monde de Thor est en guerre et cela se voit. Si le film conserve le côté action/fantastique qui a fait le charme de son aîné, les vaisseaux des Elfes Noirs au design bien pensé, les armes à canon laser, les tourelles de défense d’Asgard, certains costumes ainsi que le toujours réussi Bifrost donnent furieusement l’impression d’être en face d’un film de science-fiction. Le tout est brillamment accompagné par la bonne bande-originale de Brian Tyler, qui reprend le poste laissé vacant par Patrick Doyle et officiait déjà en tant que compositeur sur Iron Man 3. D’un point de vue technique et visuel donc, Thor : Le Monde des ténèbres dépasse sans problème son grand frère.

Une histoire de famille

Ce qui est bien avec la suite d’un film au cinéma, c’est qu’elle n’a plus à poser les bases et à présenter les personnages centraux, choses qui ont été faites dans le premier volet, et peut partir dans une direction tout autre. Ecrit à six mains par Christopher Yost, Christopher Markus et Stephen McFeely, avec une aide non négligeable de Joss Whedon lui-même – qui, en plus de travailler d’arrache-pied sur Avengers : Age of Ultron, supervise également l’ensemble de la Phase 2 –, le scénario de ce deuxième Thor reprend pourtant des éléments de son prédécesseur et les assaisonne à sa sauce pour livrer une histoire qui s’inscrit là encore dans la droite lignée de ce qui a été fait avant. Ainsi, tout comme les Géants de Glace et leur arme maléfique, les Elfes Noirs sont une race très ancienne ; comme eux également, ils ont été repoussé bien des années auparavant par un membre de la famille de Thor, en l’occurrence ici son grand-père Bor, ce que le spectateur apprend dès la séquence d’introduction. Et, comme dans le premier film, c’est au Dieu du Tonnerre lui-même qu’il incombe de repousser cette menace que personne d’autre ne semble pouvoir arrêter. Là où Thor : Le Monde des ténèbres se distingue de son aîné d’un point de vue scénaristique, c’est que, à la manière des batailles et du côté spectaculaire, les enjeux semblent ici bien plus élevés qu’avant. L’Ether, arme au pouvoir destructeur incommensurable, pourrait donner aux Elfes Noirs la possibilité d’anéantir non seulement Asgard, mais l’univers dans son intégralité si personne ne se met en travers de leur route. Le fait que Jane Foster entre en contact avec cette arme par inadvertance et en devienne porteuse rend les choses encore plus personnelles pour Thor, qui doit alors non seulement protéger son royaume mais également la femme qu’il aime, devenue la cible prioritaire de ses ennemis. Pour couronner le tout, le spectateur apprend au cours du film qu’un événement important pourrait donner à Malekith et ses sbires la possibilité d’accomplir leur noir dessein. Sans tout dévoiler, les scénaristes se sont donc appliqués à ce que la menace paraisse plus élevée, à la hauteur du Dieu du Tonnerre et de ses immenses pouvoirs – une menace palpable lors des scènes d’action au cœur même d’Asgard.

Au delà des histoires qui se déroulent à Asgard et sur Terre et impliquent Thor, Jane, Odin ou encore Darcy et le docteur Selvig, l’autre point fort du scénario réside à nouveau dans la relation qui unit le dieu tout puissant et son frère. Gardé dans une cellule placée sous haute surveillance depuis la fin de The Avengers, Loki reste largement en dehors de l’action pendant toute la première partie du film, apparaissant seulement l’espace de quelques secondes par moments. Ce n’est qu’au bout d’une bonne heure qu’il partage sa première scène avec Thor qui, n’ayant pas d’autre choix, vient lui demander de l’aide, chose assez paradoxale compte tenu de ce qui s’est passé entre eux lors de leurs précédentes aventures. Si Loki était l’antagoniste principal dans Thor et The Avengers, la relation qui l’unit à son frère est ici beaucoup plus ambiguë, plus nuancée, permettant ainsi au personnage de se renouveler. Ne sachant plus trop quelle est sa place au sein de sa famille, Loki, pour une raison que nous tairons, trouve une occasion de faire alliance avec Thor. S’il continue de se moquer de lui et de lui balancer des railleries à la figure, son côté dramatique et ses fêlures ressortent plus que dans ses deux apparitions précédentes, permettant ainsi au spectateur de croire qu’il est sur le chemin de la rédemption. L’interprétant avec toujours autant de classe et d’énergie, Tom Hiddleston semble désormais indissociable de ce personnage qu’il a réussi à faire aimer à pratiquement tous les fans de l’univers cinématographique de Marvel, le rendant presque plus attachant que n’importe quel Vengeur. Force est de constater qu’il parvient une nouvelle fois à réitérer l’exploit. Plus que n’importe quelle autre, la relation entre Thor et Loki est un élément fondamental, qui prend ici une nouvelle tournure.

Tous les dieux ont des défauts

Hélas, les qualités visuelles et esthétiques du film ne peuvent pas masquer les failles de la nouvelle itération du super héros, et autant dire de suite qu’il y en a plus d’une. En premier lieu, si, comme dit précédemment, la menace apparaît plus grande du fait d’une arme capable de détruire l’univers dans son intégralité, le spectateur ne la ressent jamais vraiment, hormis, donc, durant quelques scènes à Asgard. Alors que c’était le gros point fort du premier opus, qui mettait Thor dans une délicate situation en le privant de ses pouvoirs et de son marteau, on n’a jamais ici l’impression que Thor puisse être battu ou que ses ennemis puissent avoir un coup d’avance sur lui. Cette impression demeure jusqu’au combat final entre Thor et Malekith qui, s’il utilise judicieusement la sous-intrigue des portails spatio-temporels, ne fait pas de doute quant à son issue. Là où Tony Stark était dans une situation en apparence inextricable et qu’il affrontait un ennemi beaucoup plus fort que lui dans sa troisième aventure, ce n’est jamais le sentiment qui se dégage ici, alors que Malekith et ses Elfes Noirs sont rapidement présentés comme un danger plus grand et puissant que Loki ou les Géants de Glasse. Certaines situations sont prévisibles et peuvent être anticipées par le public, même si d’autres demeurent surprenantes. Paradoxalement, si les scènes d’action et de batailles sont plus spectaculaires que dans le film de Branagh, elles sont aussi parfois moins intenses, et moins longues en règle générale ; encore une fois, cette affirmation est vraie pour le combat final, qui n’a ni le caractère épique ni la dimension dramatique du premier affrontement entre Thor et Loki dans le Bifrost à la fin de Thor.

Si la relation entre Thor et Loki est plutôt bien exploitée même si elle aurait pu être encore plus développée, et que Jane Foster, toujours brillamment interprétée par Natalie Portman, a plus d’épaisseur dans cet opus, les autres personnages n’ont pas le droit au même traitement. Alors qu’on les voyait vraiment en action dans le premier film, Sif, Volstagg, Fandral et Hogun, les amis et compagnons d’arme de Thor, apparaissent beaucoup moins dans ce volet, leur participation tenant plus du cameo de luxe que du vrai second rôle, ce qui ne permet pas à leurs interprètes de briller vraiment – Zachary Levi, nouvel acteur à se glisser dans la peau de l’épéiste Fandral, a tout juste le temps de balancer deux-trois blagues, là où le personnage était bien plus marrant dans Thor. Il en va de même pour les personnages terrestres. S’il est plaisant de revoir Kat Dennings et Stellan Skarsgard reprendre leurs rôles, les blagues de Darcy, qui faisaient mouche dans le premier film, tombent plusieurs fois à plat ici, et si le docteur Selvig est toujours aussi amusant (et assez dérangé après ce qui lui est arrivé dans The Avengers), il n’apparaît vraiment que dans le dernier acte du film, autant dire trop peu. Quant au grand méchant Malekith, s’il possède une puissance bien supérieure à Loki, il demeure beaucoup moins stylé que lui, son histoire étant bâclée. Christopher Eccleston, d’habitude très bon, ne parvient jamais à montrer le côté dramatique du personnage ni à rendre vraiment crédible les raisons qui le poussent à faire ce qu’il fait, se contentant la plupart du temps de parler avec une voix rauque et d’afficher l’air le plus menaçant possible. Cependant, le plus gros regret vient sans conteste d’Heimdall, le gardien du Bifrost et d’Asgard qui voit et entend tout. Interprété avec toujours autant de classe et de charisme par le génial Idris Elba, le personnage, un peu à la manière du précédent volet, a le droit à une seule scène où il montre toute l’étendue de sa force, mais pratiquement rien de plus. Compte tenu de son immense potentiel et de son côté furieusement badass et stylé, ainsi que le très bon accueil qu’il avait reçu auprès du public, on était en droit de le voir gagner en épaisseur. Il n’en est malheureusement rien. Reste à espérer que ce sera le cas dans un hypothétique troisième film.

Au delà de ces aspects, ce qui déçoit peut-être le plus avec ce Thor : Le Monde des ténèbres, c’est qu’il donne l’impression d’essayer d’imiter son prédécesseur plutôt que de s’en démarquer. Les thèmes abordés tout au long du film sont finalement très proches de ceux du premier volet – conflits familiaux, menace capable de faire de gros dégâts, luttes de pouvoir… Visuellement, là encore, même s’il est meilleur et plus varié, il demeure très similaire à ce qui a été fait auparavant et ne prend pas vraiment de risques. Le titre du film aurait pu laisser présager un univers beaucoup plus sombre, mais ce n’est pas le cas : le ton de cette suite oscille toujours entre comédie et drame, et les personnages, hormis Thor lui-même, n’ont pas grandement évolué depuis le précédent opus. Enfin, là où les explications scientifiques étaient à peu près « rationnelles » dans Thor premier du nom, elles sont ici fumeuses et souvent ridicules malgré elles, donnant parfois lieu à des dialogues involontairement comiques.

Conclusion

Assurément, la deuxième aventure en solo du Dieu du Tonnerre est moins bonne que la troisième de son ami en armure de fer sortie en avril dernier, et, en toute honnêteté, il s’agit certainement, pour le moment, du film Marvel le moins réussi avec L’incroyable Hulk depuis le premier Iron Man en 2008. En ce sens, c’est peut-être une chance que ce ne soit pas Thor : Le Monde des ténèbres qui ait ouvert la deuxième phase de ce riche univers cinématographique, car il aurait marqué un bond en arrière assez grand par rapport à The Avengers. Reste qu’Alan Taylor a mis en scène un film visuellement très beau, qui respecte parfaitement les codes du personnage et de son monde mis en place auparavant à défaut d’essayer de lui donner une identité propre, et qui est dans l’ensemble de bonne facture. Ne reste plus alors qu’à espérer que le troisième volet, qui se fera sans aucun doute, corrige les erreurs de cet épisode. C’est tout ce qu’on peut lui souhaiter. D’ici là, les fans de Thor ont déjà rendez-vous avec leur héros dans un peu moins de deux ans, lorsqu’il se réunira avec ses amis Vengeurs pour affronter le robot Ultron. La foudre n’a pas fini de tomber.



Thor : Le Monde des ténèbres. Réalisé par Alan Taylor. Ecrit par Christopher Yost, Christopher Markus et Stephen McFeely. Produit par Kevin Feige. Avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddleston, Idris Elba, Christopher Eccleston, Stellan Skarsgard, Kat Dennings, Anthony Hopkins, Rene Russo, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Jaimie Alexander, Ray Stevenson, Zachary Levi et Tadanobu Asano. Distribué en France par The Walt Disney Company France. Distribué à l’étranger par Buean Vista International. 112 minutes.



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