mercredi 23 avril 2014

Need for Speed


A la vitesse d'un escargot


Note : 5/20

Une adaptation cinématographique particulièrement médiocre de la célèbre franchise vidéoludique, qui cherche à concurrencer la saga Fast and Furious sur son propre terrain mais ne procure jamais les sensations qu’un spectateur est en droit d’attendre d’une telle production



Le cinéma. Le jeu vidéo. Deux mondes artistiques qui étaient assez éloignés il y a encore quinze ans et sont devenus particulièrement proches au cours des dernières années. Avec l’évolution des technologies et des consoles, on ne compte plus aujourd’hui les jeux vidéos fortement influencés par le 7ème Art, que ce soit dans leurs scénarios, leurs mises en scène ou encore leurs bandes-originales – on pense bien sûr à la très réussie franchise Assassin’s Creed, à The Last of Us, unanimement encensé par la presse spécialisée et les joueurs, ou encore aux plus récents titres du studio français Quantic Dream, dont le dernier jeu en date, Beyond : Two Souls, se paie le luxe d’avoir Ellen Page et Willem Dafoe en têtes d’affiche ainsi que Hans Zimmer à la musique. Si cette belle histoire d’amour entre les deux médias est réciproque, le passage du petit au grand écran n’a hélas pas toujours donné des chefs-d’œuvre, bien au contraire. A ce jour, nombre de jeux vidéos ont déjà eu droit à leur adaptation, mais bien peu d’entre eux peuvent se targuer d’avoir bénéficié d’un bon traitement ; beaucoup de ces adaptations sont en effet complètement bâclées par des réalisateurs qui ne s’approprient pas correctement l’univers des matériaux originaux, souhaitant simplement faire le plus d’argent possible sur le nom de grosses licences juteuses – difficile ici de ne pas penser à l’inénarrable Uwe Boll, auteur des catastrophiques adaptations de House of the Dead, BloodRayne, Alone in the Dark et Far Cry. Quelques adaptations, confiées à des réalisateurs connaissant bien et appréciant les jeux d’origine, ont néanmoins réussi à sortir du lot durant les dix dernières années – le Silent Hill de Christophe Gans, véritable amoureux de la célèbre franchise de Konami, ou encore le tout premier Resident Evil de Paul W.S. Anderson, assez fidèle à l’ambiance de la fameuse saga horrifique. Aujourd’hui, c’est au tour d’une des plus fameuses et lucratives franchises d’Electronic Arts, Need for Speed, de passer par la case cinéma. Malheureusement, le constat est sans appel : cette nouvelle tentative d’adapter un jeu à succès est une adaptation franchement ratée, qui ne délivre jamais les promesses que le cahier des charges d’une telle production devrait comporter, et n’arrive pas à la cheville de la franchise Fast and Furious qu’elle cherche ici clairement à imiter et à concurrencer.

Synopsis

Tobey Marshall, as du volant ayant quitté les circuits, gagne sa vie dans son garage new-yorkais en retapant des voitures entouré de ses amis Pete, Joe, Finn et Benny, ainsi qu’en participant de temps à autre à de petites courses illégales, mais à du mal à joindre les deux bouts. Un jour, son ancien rival, le richissime et sans scrupules Dino Brewster, vient lui proposer de reconstruire une mythique Ford Mustang. Acceptant avec réticence pour l’argent, Tobey et son équipe retapent la Mustang et la vendent à prix d’or à un acheteur par l’intermédiaire de Julia, jeune et belle anglaise. Jaloux de son succès, Dino propose à Tobey et Pete de faire la course dans trois voitures de luxe illégalement importées par son oncle, avec à la clé pour le vainqueur la quasi-totalité des bénéfices de la vente de la Mustang. Sur le point de perdre, Dino provoque le crash de la voiture de Pete, causant sa mort. Injustement accusé de l’accident de son ami, Tobey est envoyé deux ans en prison. A sa sortie, il n’a qu’une idée en tête : se venger de Dino. Avec l’aide de ses amis et accompagné de Julia, il part pour la Californie au volant de la Mustang afin de participer à la De Leon, légendaire course de voitures underground organisée par Monarch, commentateur connu de tous qui diffuse en live son émission à travers tout le pays à l’aide d’une webcam…

Grosses cylindrées en carton

Autant le dire d’emblée, Need for Speed est un film construit et inspiré par de nombreuses références de films du même genre, influences que les auteurs ne se privent pas de montrer à l’écran. Ainsi, on sent bien que des films comme le Bullitt de Peter Yates – dont un extrait est rapidement montré sur un écran de cinéma au début du long-métrage - ont été des sources d’inspiration majeures, Need for Speed cherchant constamment à retranscrire une ambiance similaire mais n’y parvenant jamais. Mais, plus que tout autre œuvre cinématographique, c’est bien vers la franchise à succès Fast and Furious que Need for Speed lorgne sans vergogne, voulant à tout prix l’imiter pour mieux la concurrencer dans son propre domaine.

En ce sens, tous les éléments que l’on voit au début du film et qui vont servir son intrigue par la suite font constamment penser à la saga qui a rendu célèbres Vin Diesel et le regretté Paul Walker, surtout à ses trois premières itérations : le jeune pilote émérite qui s’est rangé des circuits pour reprendre la tête du fameux garage de son père, où il s’occupe de réparer et de customiser des grosses voitures entouré de ses amis as de la mécanique ; les courses de rue illégales, au départ desquelles prennent place des voitures de luxe toutes plus chères les unes que les autres, admirées par une foule massive comprenant un nombre incalculable de bimbos ; le rival jaloux qui ne recule devant rien pour s’enrichir et prouver qu’il est le meilleur, quitte au passage à faire accuser le héros d’un accident qu’il n’a pas provoqué ; les forces de police qui se mobilisent massivement pour arrêter les conducteurs, au volant de voitures bien moins rapides…. Les similitudes s’enchaînent et sont tellement flagrantes qu’avant même la fin de la première heure, Need for Speed s’affiche définitivement comme une pâle copie d’une franchise contre laquelle elle n’a pratiquement aucun argument pour rivaliser puisqu’elle lui emprunte tous les ingrédients qui en ont fait le charme et la saveur, mais en les assaisonnant avec une sauce beaucoup moins bonne.

Manque de chance, cela se ressent surtout dans ce qui devrait être l’attraction principale du film, à savoir les courses de voiture. Si le titre du film signifie « Besoin de vitesse » en français, jamais un titre n’aura été aussi paradoxal et en même temps aussi adapté, et c’est bien là le plus gros point noir du film parmi ses innombrables défauts : si le long-métrage se vante de mettre en avant de superbes voitures de luxe allant à plus de 350 km/h – justifiant aussi par là son budget tout de même très sympathique de 65 millions de dollars –, les scènes de courses et de poursuites – pas si nombreuses que ça qui plus est – donnent le sentiment d’être d’une effarante lenteur alors que ce devrait être tout le contraire, ne provoquant jamais de vraies poussées d’adrénaline et échouant à retranscrire une véritable sensation de vitesse lorsque les bagnoles foncent à toute berzingue sur des routes peu encombrées. Là d’ailleurs réside un autre gros problème : alors que dans chaque Fast and Furious, l’impression de vitesse est renforcée par un vrai sentiment qui peut surgir à n’importe quel moment pour n’importe quel personnage, les pilotes conduisant constamment dans des centres-villes bondés ou sur des routes au trafic chargé, on n’a jamais ici l’impression qu’il puisse arriver quelque chose de vraiment grave à Tobey et ses adversaires lorsqu’ils sont derrière le volant, n’ayant bien souvent qu’à garder les yeux ouverts sans avoir beaucoup d’obstacles à éviter, hormis dans deux-trois scènes dont la course finale. Le tout mis ensemble, les scènes à grande vitesse de Need for Speed ne provoquent que très peu de frissons et s’avèrent être moins audacieuses et spectaculaires que celles du tout premier Fast and Furious, un comble lorsque l’on sait que ce dernier est sorti il y a maintenant treize ans.

Un sérieux problème d’huile dans le moteur

Hélas, le film ne peut pas non plus compter sur son scénario pour se rattraper, ce dernier étant particulièrement convenu et d’une grande platitude. En premier lieu, l’histoire met bien trop longtemps à se mettre véritablement en branle : qu’elle prenne le temps d’introduire Tobey, ses copains et ses adversaires ainsi que de montrer l’univers dans lequel ils évoluent, d’accord, mais que les auteurs le fassent pendant presque une demi-heure sur un film de 2h10, c’est trop. Une fois Tobey sorti de prison et prêt à venger la mort de son ami, le film ne prend pas la direction d’un pur film de courses, mais plutôt celle d’un road-trip poussif et fatigant, alors que le jeune pilote prend la route à bord de la Mustang accompagné de Julia et secondé par les membres survivants de son équipe.

A partir de ce moment-là et pendant l’heure et quart qui suit, le spectateur doit se farcir un scénario qui tourne très rapidement dans le vide agrémenté de dialogues souvent ridicules – Tobey et Julia qui se chamaillent pour savoir qui a les yeux les plus bleus par exemple, détruisant ainsi tout le côté spectaculaire d’une scène qui l’est pourtant lorsqu’elle commence –, le tout saupoudré d’une pseudo-romance naissante à deux balles déjà vue mille auparavant en bien mieux et n’apportant par conséquent aucune émotion ni aucun véritable enjeu dramatique. Monarch, le personnage joué par Michael Keaton, dit au milieu du film « Amour, vengeance et courses à grande vitesse, on ne sait pas comment tout cela va se terminer mais c’est terriblement excitant » ; il ne pourrait pas se tromper plus. Inutile d’être devin ou d’avoir des connaissances poussées en construction scénaristique pour savoir comment toute cette histoire va se terminer. Et lorsque la fameuse De Leon arrive enfin, elle ne dure qu’un petit quart d’heure et, si elle apporte finalement un peu de dynamisme et fera sans doute très plaisir aux fans des jeux vidéos, elle n’est pas non plus le climax espéré, loin de là. Prévisible, ennuyeux à mourir, comportant plusieurs clichés, le scénario est en plus miné par quelques incohérences : comment est-il possible que tous les témoins s’accordent à dire qu’il n’y avait que deux voitures lors de la course qui cause la mort de Pete, alors même que les trois pilotes dépassent plus d’une voiture sur la route ? Pourquoi tout le monde affirme que l’identité véritable de Monarch reste un secret alors que le type diffuse son émission sur sa webcam à visage découvert ? Surtout, sans les dévoiler, pourquoi Dino s’obstine-t-il à garder des preuves montrant qu’il est le véritable auteur de l’accident de Pete et pouvant jouer en sa défaveur ? Mais, pire que tout, là où Fast and Furious, même dans ses deux derniers volets plus sombres que les précédents, ménage constamment des moments comiques et parvient à être toujours très fun et divertissant, les rares touches d’humour de Need for Speed tombent complètement à plat et le film se prend bien trop au sérieux pour ce qu’il est vraiment.

Pilotes inexpérimentés

Un tel échec artistique ne saurait être la faute d’une seule personne, et effectivement, ici, c’est toute l’équipe créative qui est cause. Le plus à blâmer est certainement Scott Waugh, le cascadeur devenu réalisateur. Si le gars avec déjà mis en scène plusieurs spots publicitaires pour de grands jeux d’Electronic Arts (tiens donc) et avait coréalisé Act of Valor il y a deux ans, Need for Speed représente sa première vraie production. Sa mauvaise direction d’acteurs, sa réalisation très impersonnelle dans les moments calmes, mais surtout, ses choix artistiques hasardeux durant les séquences de courses, alternance de plans serrés sur les pilotes, un peu plus larges devant et derrière les voitures et de plans d’ensemble souvent bien trop longs, sont pour beaucoup dans le sentiment global d’ennui et de lenteur qui se dégage du film. On pourrait aussi incriminer à raison Paul Rubell, dont le montage particulièrement paresseux ne correspond pas du tout à ce qu’il faudrait ; étrange quand on sait qu’il n’en est pas à son premier projet d’envergure, lui qui a été monteur sur des films tels que The Island, Thor, les deux premiers Transformers, Hancock ou encore le génialissime Collateral. Quant à George Gatins, étant donné qu’il s’agit de son tout premier travail en tant que scénariste et que créer une histoire à partir d’une franchise qui n’en a pas vraiment n’était pas tâche aisée, il n’était peut-être pas l’homme de la situation. Ce qui est plus étonnant en revanche, c’est que l’histoire à la base du scénario ait été coécrite avec son frère John, pour sa part scénariste déjà reconnu pour son travail sur des films comme Real Steel ou Flight.

Les acteurs ne font pas mieux et ne parviennent pas à redresser le film. Si Michael Keaton s’en donne à cœur joie dans le rôle de Monarch, grand gourou des courses underground et organisateur de la De Leon, il est le seul à apporter un peu d’entrain à un casting secondaire autrement bien léthargique. Ramon Rodriguez, Rami Malek et Kid Cudi, dans le rôle des membres de l’équipe de Tobey, tentent tant bien que mal d’apporter un peu d’humour et de légèreté, mais n’y parviennent pas et restent assez insipides. Irritantes à souhait, Imogen Poots et Dakota Johson – la future Anastasia Steele de l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey – n’apportent strictement rien ; leurs personnages pourraient tout aussi bien ne pas être là que cela ne changerait pas grand-chose. Même Dominic Cooper, d’habitude toujours très juste et habité par ses rôles, n’arrive pas à faire de Dino autre chose qu’un beau salopard un peu charismatique et un peu trop caricatural, même s’il semble beaucoup s’amuser. Au final, Aaron Paul est le seul à s’en sortir un tant soit peu correctement, parvenant à apporter un peu de profondeur à Tobey. Mais on était quand même en droit d’attendre bien mieux de la part de l’acteur qui vient tout juste de sortir des pompes du complexe et fascinant Jesse Pinkman de Breaking Bad.

Conclusion

Une chose est sûre, Need for Speed ne fera pas taire les mauvaises langues à propos des adaptations de célèbres jeux vidéos sur grand écran. Il faut bien dire que celle-ci est à ranger aux côtés des plus mauvaises de ces dernières années. Mauvaise imitation d’une franchise populaire démarrée en 2001 et en tous points supérieure à elle, le film de Scott Waugh, bien trop long d’au moins 20 minutes, n’a pas grand-chose à faire valoir, si ce n’est quelques belles images, deux ou trois scènes d’action un peu impressionnantes parmi des scènes de course mal filmées et terriblement lentes, ainsi qu’un acteur principal qui a du talent à revendre mais qui, à peine sorti d’une des plus grandes séries jamais écrites et réalisées, vient sûrement de faire son premier mauvais choix. Etonnamment pourtant, le film a bien marché aux Etats-Unis et avoisine désormais les 200 millions au box-office mondial. Ce qui signifie, selon toute vraisemblance, qu’une suite devrait voir le jour, même si, en l’état, elle n’est pas du tout nécessaire. Espérons que ceux qui s’en chargeront sauront faire quelque chose de meilleur. Ou alors, espérons simplement qu’elle ne sera pas pire. Ca ne devrait quand même pas être bien compliqué.


Need for Speed. Réalisé par Scott Waugh. Ecrit par George Gatins, d’après une histoire de John et George Gatins. Produit par John Gatins, Mark Sourian, Patrick O’Brien et Scott Waugh. Avec Aaron Paul, Dominic Cooper, Imogen Poots, Michael Keaton, Ramon Rodriguez, Rami Malek, Scott « Kid » Mescudi, Dakota Johnson et Harrison Gilbertson. Distribué en France par Metropolitan FilmExport. Distribué à l’étranger par DreamWorks Pictures. 131 minutes.

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