A la vitesse d'un escargot
Note : 5/20
Une adaptation cinématographique particulièrement
médiocre de la célèbre franchise vidéoludique, qui cherche à concurrencer la
saga Fast and Furious sur son propre
terrain mais ne procure jamais les sensations qu’un spectateur est en droit
d’attendre d’une telle production
Le cinéma. Le jeu vidéo. Deux mondes artistiques qui
étaient assez éloignés il y a encore quinze ans et sont devenus
particulièrement proches au cours des dernières années. Avec l’évolution des
technologies et des consoles, on ne compte plus aujourd’hui les jeux vidéos
fortement influencés par le 7ème Art, que ce soit dans leurs
scénarios, leurs mises en scène ou encore leurs bandes-originales – on pense
bien sûr à la très réussie franchise Assassin’s
Creed, à The Last of Us,
unanimement encensé par la presse spécialisée et les joueurs, ou encore aux
plus récents titres du studio français Quantic Dream, dont le dernier jeu en
date, Beyond : Two Souls, se
paie le luxe d’avoir Ellen Page et Willem Dafoe en têtes d’affiche ainsi que
Hans Zimmer à la musique. Si cette belle histoire d’amour entre les deux médias
est réciproque, le passage du petit au grand écran n’a hélas pas toujours donné
des chefs-d’œuvre, bien au contraire. A ce jour, nombre de jeux vidéos ont déjà
eu droit à leur adaptation, mais bien peu d’entre eux peuvent se targuer
d’avoir bénéficié d’un bon traitement ; beaucoup de ces adaptations sont en
effet complètement bâclées par des réalisateurs qui ne s’approprient pas correctement
l’univers des matériaux originaux, souhaitant simplement faire le plus d’argent
possible sur le nom de grosses licences juteuses – difficile ici de ne pas
penser à l’inénarrable Uwe Boll, auteur des catastrophiques adaptations de House of the Dead, BloodRayne, Alone in the Dark
et Far Cry. Quelques adaptations,
confiées à des réalisateurs connaissant bien et appréciant les jeux d’origine,
ont néanmoins réussi à sortir du lot durant les dix dernières années – le Silent Hill de Christophe Gans, véritable
amoureux de la célèbre franchise de Konami, ou encore le tout premier Resident Evil de Paul W.S. Anderson,
assez fidèle à l’ambiance de la fameuse saga horrifique. Aujourd’hui, c’est au
tour d’une des plus fameuses et lucratives franchises d’Electronic Arts, Need for Speed, de passer par la case
cinéma. Malheureusement, le constat est sans appel : cette nouvelle tentative d’adapter un jeu à succès est une adaptation
franchement ratée, qui ne délivre jamais les promesses que le cahier des
charges d’une telle production devrait comporter, et n’arrive pas à la cheville
de la franchise Fast and Furious
qu’elle cherche ici clairement à imiter et à concurrencer.
Synopsis
Tobey Marshall, as du volant ayant quitté les
circuits, gagne sa vie dans son garage new-yorkais en retapant des voitures
entouré de ses amis Pete, Joe, Finn et Benny, ainsi qu’en participant de temps
à autre à de petites courses illégales, mais à du mal à joindre les deux bouts.
Un jour, son ancien rival, le richissime et sans scrupules Dino Brewster, vient
lui proposer de reconstruire une mythique Ford Mustang. Acceptant avec
réticence pour l’argent, Tobey et son équipe retapent la Mustang et la vendent
à prix d’or à un acheteur par l’intermédiaire de Julia, jeune et belle
anglaise. Jaloux de son succès, Dino propose à Tobey et Pete de faire la course
dans trois voitures de luxe illégalement importées par son oncle, avec à la clé
pour le vainqueur la quasi-totalité des bénéfices de la vente de la Mustang.
Sur le point de perdre, Dino provoque le crash de la voiture de Pete, causant
sa mort. Injustement accusé de l’accident de son ami, Tobey est envoyé deux ans
en prison. A sa sortie, il n’a qu’une idée en tête : se venger de Dino.
Avec l’aide de ses amis et accompagné de Julia, il part pour la Californie au
volant de la Mustang afin de participer à la De Leon, légendaire course de
voitures underground organisée par Monarch, commentateur connu de tous qui
diffuse en live son émission à travers tout le pays à l’aide d’une webcam…
Grosses
cylindrées en carton
Autant le dire d’emblée, Need for Speed est un film construit et inspiré par de nombreuses
références de films du même genre, influences que les auteurs ne se privent pas
de montrer à l’écran. Ainsi, on sent
bien que des films comme le Bullitt de
Peter Yates – dont un extrait est rapidement montré sur un écran de cinéma
au début du long-métrage - ont été des
sources d’inspiration majeures, Need
for Speed cherchant constamment à retranscrire une ambiance similaire mais
n’y parvenant jamais. Mais, plus que tout autre œuvre cinématographique, c’est bien vers la franchise à succès Fast and Furious que Need for Speed lorgne sans vergogne,
voulant à tout prix l’imiter pour mieux la concurrencer dans son propre
domaine.
En ce sens, tous les éléments que l’on voit au début
du film et qui vont servir son intrigue par la suite font constamment penser à
la saga qui a rendu célèbres Vin Diesel et le regretté Paul Walker, surtout à
ses trois premières itérations : le jeune pilote émérite qui s’est rangé
des circuits pour reprendre la tête du fameux garage de son père, où il
s’occupe de réparer et de customiser des grosses voitures entouré de ses amis
as de la mécanique ; les courses de rue illégales, au départ desquelles
prennent place des voitures de luxe toutes plus chères les unes que les autres,
admirées par une foule massive comprenant un nombre incalculable de
bimbos ; le rival jaloux qui ne recule devant rien pour s’enrichir et
prouver qu’il est le meilleur, quitte au passage à faire accuser le héros d’un
accident qu’il n’a pas provoqué ; les forces de police qui se mobilisent
massivement pour arrêter les conducteurs, au volant de voitures bien moins
rapides…. Les similitudes s’enchaînent et sont tellement flagrantes qu’avant même
la fin de la première heure, Need for Speed s’affiche définitivement
comme une pâle copie d’une franchise contre laquelle elle n’a pratiquement
aucun argument pour rivaliser puisqu’elle lui emprunte tous les ingrédients qui
en ont fait le charme et la saveur, mais en les assaisonnant avec une sauce
beaucoup moins bonne.
Manque de chance, cela se ressent surtout dans ce qui
devrait être l’attraction principale du film, à savoir les courses de voiture. Si
le titre du film signifie « Besoin de vitesse » en français, jamais un titre n’aura été aussi paradoxal
et en même temps aussi adapté, et c’est bien là le plus gros point noir du film
parmi ses innombrables défauts : si le long-métrage se vante de mettre
en avant de superbes voitures de luxe allant à plus de 350 km/h – justifiant
aussi par là son budget tout de même très sympathique de 65 millions de dollars
–, les scènes de courses et de
poursuites – pas si nombreuses que ça qui plus est – donnent le sentiment d’être d’une effarante lenteur alors que ce
devrait être tout le contraire, ne
provoquant jamais de vraies poussées d’adrénaline et échouant à retranscrire
une véritable sensation de vitesse lorsque les bagnoles foncent à toute
berzingue sur des routes peu encombrées. Là d’ailleurs réside un autre gros
problème : alors que dans chaque Fast
and Furious, l’impression de vitesse est renforcée par un vrai sentiment
qui peut surgir à n’importe quel moment pour n’importe quel personnage, les
pilotes conduisant constamment dans des centres-villes bondés ou sur des routes
au trafic chargé, on n’a jamais ici l’impression qu’il puisse arriver quelque
chose de vraiment grave à Tobey et ses adversaires lorsqu’ils sont derrière le
volant, n’ayant bien souvent qu’à garder les yeux ouverts sans avoir beaucoup
d’obstacles à éviter, hormis dans deux-trois scènes dont la course finale. Le
tout mis ensemble, les scènes à grande
vitesse de Need for Speed ne
provoquent que très peu de frissons et s’avèrent être moins audacieuses et
spectaculaires que celles du tout premier Fast
and Furious, un comble lorsque l’on sait que ce dernier est sorti il y
a maintenant treize ans.
Un
sérieux problème d’huile dans le moteur
Hélas, le film ne peut pas non plus compter sur son
scénario pour se rattraper, ce dernier étant particulièrement convenu et d’une
grande platitude. En premier lieu, l’histoire met bien trop longtemps à se
mettre véritablement en branle : qu’elle prenne le temps d’introduire
Tobey, ses copains et ses adversaires ainsi que de montrer l’univers dans
lequel ils évoluent, d’accord, mais que les auteurs le fassent pendant presque
une demi-heure sur un film de 2h10, c’est trop. Une fois Tobey sorti de prison
et prêt à venger la mort de son ami, le
film ne prend pas la direction d’un pur film de courses, mais plutôt celle d’un
road-trip poussif et fatigant, alors que le jeune pilote prend la route à
bord de la Mustang accompagné de Julia et secondé par les membres survivants de
son équipe.
A partir de ce moment-là et pendant l’heure et quart
qui suit, le spectateur doit se farcir un
scénario qui tourne très rapidement dans le vide agrémenté de dialogues souvent
ridicules – Tobey et Julia qui se chamaillent pour savoir qui a les yeux
les plus bleus par exemple, détruisant ainsi tout le côté spectaculaire d’une
scène qui l’est pourtant lorsqu’elle commence –, le tout saupoudré d’une
pseudo-romance naissante à deux balles déjà vue mille auparavant en bien mieux
et n’apportant par conséquent aucune émotion ni aucun véritable enjeu
dramatique. Monarch, le personnage joué par Michael Keaton, dit au milieu du
film « Amour, vengeance et courses à grande vitesse, on ne sait pas
comment tout cela va se terminer mais c’est terriblement excitant » ;
il ne pourrait pas se tromper plus. Inutile d’être devin ou d’avoir des
connaissances poussées en construction scénaristique pour savoir comment toute
cette histoire va se terminer. Et lorsque la fameuse De Leon arrive enfin, elle
ne dure qu’un petit quart d’heure et, si elle apporte finalement un peu de
dynamisme et fera sans doute très plaisir aux fans des jeux vidéos, elle n’est
pas non plus le climax espéré, loin de là. Prévisible,
ennuyeux à mourir, comportant plusieurs clichés, le scénario est en plus miné
par quelques incohérences : comment est-il possible que tous les
témoins s’accordent à dire qu’il n’y avait que deux voitures lors de la course
qui cause la mort de Pete, alors même que les trois pilotes dépassent plus
d’une voiture sur la route ? Pourquoi tout le monde affirme que l’identité
véritable de Monarch reste un secret alors que le type diffuse son émission sur
sa webcam à visage découvert ? Surtout, sans les dévoiler, pourquoi Dino
s’obstine-t-il à garder des preuves montrant qu’il est le véritable auteur de
l’accident de Pete et pouvant jouer en sa défaveur ? Mais, pire que tout,
là où Fast and Furious, même dans ses
deux derniers volets plus sombres que les précédents, ménage constamment des
moments comiques et parvient à être toujours très fun et divertissant, les rares touches d’humour de Need for Speed tombent complètement à
plat et le film se prend bien trop au sérieux pour ce qu’il est vraiment.
Pilotes
inexpérimentés
Un tel échec artistique ne saurait être la faute
d’une seule personne, et effectivement, ici, c’est toute l’équipe créative qui
est cause. Le plus à blâmer est certainement Scott Waugh, le cascadeur devenu
réalisateur. Si le gars avec déjà mis en scène plusieurs spots publicitaires
pour de grands jeux d’Electronic Arts (tiens donc) et avait coréalisé Act of Valor il y a deux ans, Need for Speed représente sa première
vraie production. Sa mauvaise direction
d’acteurs, sa réalisation très impersonnelle dans les moments calmes, mais
surtout, ses choix artistiques hasardeux durant les séquences de courses,
alternance de plans serrés sur les pilotes, un peu plus larges devant et derrière
les voitures et de plans d’ensemble souvent bien trop longs, sont pour beaucoup
dans le sentiment global d’ennui et de lenteur qui se dégage du film. On
pourrait aussi incriminer à raison Paul Rubell, dont le montage
particulièrement paresseux ne correspond pas du tout à ce qu’il faudrait ;
étrange quand on sait qu’il n’en est pas à son premier projet d’envergure, lui
qui a été monteur sur des films tels que The
Island, Thor, les deux premiers Transformers, Hancock ou encore le génialissime Collateral. Quant à George
Gatins, étant donné qu’il s’agit de son tout premier travail en tant que
scénariste et que créer une histoire à partir d’une franchise qui n’en a
pas vraiment n’était pas tâche aisée, il
n’était peut-être pas l’homme de la situation. Ce qui est plus étonnant en
revanche, c’est que l’histoire à la base du scénario ait été coécrite avec son
frère John, pour sa part scénariste déjà reconnu pour son travail sur des films
comme Real Steel ou Flight.
Les acteurs ne font pas mieux et ne parviennent pas à
redresser le film. Si Michael Keaton s’en donne à cœur joie dans le rôle de
Monarch, grand gourou des courses underground et organisateur de la De Leon, il est le seul à apporter un peu d’entrain
à un casting secondaire autrement bien léthargique. Ramon Rodriguez, Rami
Malek et Kid Cudi, dans le rôle des membres de l’équipe de Tobey, tentent tant
bien que mal d’apporter un peu d’humour et de légèreté, mais n’y parviennent
pas et restent assez insipides. Irritantes à souhait, Imogen Poots et Dakota Johson
– la future Anastasia Steele de l’adaptation de Cinquante Nuances de Grey – n’apportent strictement rien ;
leurs personnages pourraient tout aussi bien ne pas être là que cela ne
changerait pas grand-chose. Même Dominic Cooper, d’habitude toujours très juste
et habité par ses rôles, n’arrive pas à faire de Dino autre chose qu’un beau
salopard un peu charismatique et un peu trop caricatural, même s’il semble
beaucoup s’amuser. Au final, Aaron Paul
est le seul à s’en sortir un tant soit peu correctement, parvenant à
apporter un peu de profondeur à Tobey. Mais on était quand même en droit
d’attendre bien mieux de la part de l’acteur qui vient tout juste de sortir des
pompes du complexe et fascinant Jesse Pinkman de Breaking Bad.
Conclusion
Une chose est sûre, Need for Speed ne fera pas taire les mauvaises langues à propos des
adaptations de célèbres jeux vidéos sur grand écran. Il faut bien dire que
celle-ci est à ranger aux côtés des plus mauvaises de ces dernières années.
Mauvaise imitation d’une franchise populaire démarrée en 2001 et en tous points
supérieure à elle, le film de Scott
Waugh, bien trop long d’au moins 20 minutes, n’a pas grand-chose à faire valoir,
si ce n’est quelques belles images, deux ou trois scènes d’action un peu
impressionnantes parmi des scènes de course mal filmées et terriblement lentes,
ainsi qu’un acteur principal qui a du talent à revendre mais qui, à peine sorti
d’une des plus grandes séries jamais écrites et réalisées, vient sûrement de
faire son premier mauvais choix. Etonnamment pourtant, le film a bien marché
aux Etats-Unis et avoisine désormais les 200 millions au box-office mondial. Ce
qui signifie, selon toute vraisemblance, qu’une
suite devrait voir le jour, même si, en l’état, elle n’est pas du tout nécessaire. Espérons que ceux qui s’en
chargeront sauront faire quelque chose de meilleur. Ou alors, espérons simplement qu’elle ne sera pas
pire. Ca ne devrait quand même pas être bien compliqué.
Need for
Speed. Réalisé par Scott Waugh. Ecrit par George Gatins,
d’après une histoire de John et George Gatins. Produit par John Gatins, Mark
Sourian, Patrick O’Brien et Scott Waugh. Avec Aaron Paul, Dominic Cooper,
Imogen Poots, Michael Keaton, Ramon Rodriguez, Rami Malek, Scott
« Kid » Mescudi, Dakota Johnson et Harrison Gilbertson. Distribué en
France par Metropolitan FilmExport. Distribué à l’étranger par DreamWorks
Pictures. 131 minutes.
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